Édition du jourÉdition digitale Nous écrire
Le Journal du Vin

Vins · Champagnes · Spiritueux

Accueil Guides d’achat Vins rouges Grands crus classés de Bordeaux
Guide d’achat : Vins rouges

Grand cru classé de Bordeaux : les 12 meilleurs rapports qualité-prix 2026

La baisse du marché bordelais rend de nouveau accessibles des crus classés : un cinquième cru de 1855 se trouve à 30 €, et deux deuxièmes crus de Saint-Julien sous 90 €, ce qu’on n’avait plus vu depuis 10 ans.

Le vignoble de Pauillac devant les châteaux Pichon Longueville
Le vignoble de Pauillac devant Pichon Comtesse de Lalande et Pichon Baron. Photo Anthony Baratier / Wikimedia Commons (CC BY-SA 4.0)
L’essentiel

Notre meilleur achat : le Château Cantemerle 2020, cinquième cru classé de 1855 en Haut-Médoc, autour de 30 €. On n’avait plus vu un cru du classement de 1855 à ce prix depuis des années.

Notre coup de cœur : le Château Pontet-Canet 2020 en Pauillac, autour de 128 €, un cinquième cru souvent jugé au niveau des deuxièmes, et l’un des rares grands crus classés conduits en biodynamie.

La tranche à viser : entre 85 et 130 €, où l’on trouve deux deuxièmes crus classés de Saint-Julien, ce qu’aucune autre grande appellation du Médoc ne propose plus.

À Saint-Émilion : « grand cru » et « grand cru classé » ne désignent pas la même chose. Le premier est une appellation ouverte à des centaines de propriétés ; le second, un statut accordé à 71 châteaux.

Pourquoi c’est le bon moment

Bordeaux traverse une correction de marché sérieuse : baisse de la consommation en France, recul des exportations vers la Chine, arrachages subventionnés dans les appellations génériques. Cette crise pour le vignoble ouvre une fenêtre d’achat pour l’amateur.

Les prix des crus classés ont reculé, notamment sur le marché secondaire où les cotes de plusieurs deuxièmes crus ont perdu du terrain depuis leur sommet. Dans le même temps, les millésimes 2019, 2020 et 2022 comptent parmi les plus réussis de la décennie. On achète donc du très bon vin à des tarifs qui n’avaient plus cours depuis 10 ans.

Cette page ne traite que des crus classés, sans les crus bourgeois ni les seconds vins. Si votre budget est plus serré, notre sélection de Bordeaux rouges à moins de 20 € couvre le reste de l’offre, et notre guide des vins rouges de Bordeaux balaie l’ensemble du vignoble.

Les 3 classements de Bordeaux

C’est la source de confusion la plus coûteuse pour un acheteur. Bordeaux compte 3 classements, indépendants les uns des autres, avec des logiques opposées.

Le classement de 1855

Médoc et un cru des Graves · immuable

Établi pour l’Exposition universelle de Paris à partir des prix pratiqués par le négoce, il hiérarchise les châteaux du premier au cinquième cru classé. Il n’a été modifié qu’une seule fois depuis, en 1973, pour promouvoir Mouton Rothschild au rang de premier cru. Un seul cru non médocain y figure : Haut-Brion, en Graves.

Ce qu’il vaut : une garantie de terroir et d’histoire, pas de qualité actuelle. Certains cinquièmes crus dépassent aujourd’hui des deuxièmes crus ; le classement, lui, n’a pas bougé depuis 170 ans. Dans notre sélection, 8 châteaux en relèvent.

Le classement de Saint-Émilion

Révisé tous les 10 ans · le plus mouvant

C’est le seul des 3 à être régulièrement remis en jeu. La version 2022 compte 14 premiers grands crus classés (contre 18 en 2012) et 71 grands crus classés (contre 64). Seuls Figeac et Pavie sont aujourd’hui premiers grands crus classés A. Ausone et Cheval Blanc se sont retirés du classement avant la révision, suivis d’Angélus, et n’y figurent donc plus.

Attention : l’appellation « Saint-Émilion grand cru » n’a rien à voir avec le classement. C’est une AOC que des centaines de propriétés revendiquent, et seule la mention « grand cru classé » est sélective.

Le classement des Graves

Pessac-Léognan · sans hiérarchie

Établi en 1953 et révisé en 1959, il ne distingue aucun niveau : les châteaux retenus sont simplement crus classés de Graves, tous au même rang. C’est le moins connu des trois du grand public, ce qui explique en bonne partie pourquoi ses vins restent les moins chers à qualité comparable, comme le montre le Château Olivier de notre sélection.

Les vignobles de Pauillac au début du XXe siècle
Les vignobles de Pauillac au début du XXe siècle. Photo anonyme, domaine public / Wikimedia Commons

Notre méthode

Notre sélection réunit 12 crus classés qui couvrent les 3 classements et toute l’amplitude de prix accessible, à des tarifs constatés en caviste et chez les cavistes en ligne. Chaque fiche porte 3 informations distinctes, dont voici l’origine :

Notre avis
Le jugement de la rédaction sur l’intérêt de l’achat à ce prix.
Le profil
Les caractères du vin tels que les décrivent les propriétés et la critique spécialisée. Les notes chiffrées citées sont celles des critiques, sous leur propre nom.
L’indice JDV, sur 20
Notre indice de rapport qualité-prix. Il agrège 4 critères pondérés à parts égales : le prix face aux crus de rang équivalent, la régularité de la propriété d’un millésime à l’autre, l’écart entre le rang au classement et la qualité du vin, et ce que la bouteille apporte qu’une autre du même prix n’apporte pas. Une cuvée peut donc être notée bas tout en étant un très grand vin : c’est le cas des crus dont le nom se paie cher.

Tableau comparatif : les 12 crus classés

Sélection Le Journal du Vin 2026, classée par prix croissant
Château Appellation Rang Mill. Prix Indice JDV
Cantemerle ★ meilleur rapport qualité-prixHaut-Médoc5e cru 18552020≈ 30 €19/20
OlivierPessac-LéognanCru classé de Graves2020≈ 32 €18,5/20
Cadet-BonSaint-ÉmilionGrand cru classé2019≈ 38 €17,5/20
Jean FaureSaint-ÉmilionGrand cru classé2022≈ 50 €18/20
Léoville-BartonSaint-Julien2e cru 18552019≈ 85 €18/20
BeychevelleSaint-Julien4e cru 18552019≈ 85 €16,5/20
Gruaud-LaroseSaint-Julien2e cru 18552019≈ 90 €17,5/20
Troplong MondotSaint-Émilion1er grand cru classé B2020≈ 100 €17/20
Pichon BaronPauillac2e cru 18552019≈ 120 €16,5/20
Pontet-Canet ★ notre coup de cœurPauillac5e cru 18552020≈ 128 €17,5/20
Cos d’EstournelSaint-Estèphe2e cru 18552019≈ 140 €16/20
Lynch-BagesPauillac5e cru 18552020≈ 150 €15,5/20
87,33prix moyen du panel
6/12en millésime 2019
4/12crus classés sous 50 €

Prix relevés en juillet 2026 ; ils varient selon le caviste et le circuit. La moyenne et la médiane du panel se rejoignent (87,33 € et 87,50 €), signe d’une distribution équilibrée. L’indice JDV mesure le rapport qualité-prix : c’est pourquoi Lynch-Bages, excellent vin, ferme la marche à 15,5/20.

Sous 50 € : 4 crus classés

C’est le segment le plus remarquable de 2026, et celui qui n’existait pas il y a 5 ans. On y trouve 4 crus classés, dont un du classement de 1855, sous la barre des 50 €.

  • Château Cantemerle 2020 ≈ 30 € ★ Meilleur rapport qualité-prix Indice JDV 19/20

    Haut-Médoc · 5e cru classé 1855 · Macau

    Notre avis : c’est notre meilleur achat. Aucun autre cru du classement de 1855 ne se vend à ce prix. Cantemerle doit son prix à sa situation : le château est le plus méridional des crus classés du Médoc, à Macau, loin des communes prestigieuses de Pauillac ou Margaux, et son appellation est le Haut-Médoc générique plutôt qu’une communale. Au classement, il occupe pourtant le même rang que Pontet-Canet ou Lynch-Bages. Achetez-en plusieurs bouteilles.

    Le profil : cassis, prune, cèdre, avec des touches de graphite et une pointe de réglisse qui signe le Médoc. Bouche équilibrée, tanins fins et serrés, fraîcheur qui donne de l’allant. Il se garde 10 à 15 ans.

    Confirmé par : classement de 1855, cinquième cru classé ; Decanter 93/100 sur le millésime 2020.

  • Château Olivier 2020 ≈ 32 € Indice JDV 18,5/20

    Pessac-Léognan · cru classé de Graves · Léognan

    Notre avis : c’est la meilleure porte d’entrée dans Pessac-Léognan rouge. Le classement des Graves ne hiérarchise pas et ne parle pas au grand public, si bien qu’un cru classé s’y achète au tiers du prix de son équivalent médocain. Le domaine, un château à douves du XVIe siècle, produit aussi un second vin, Le Dauphin d’Olivier, que nous retenons dans notre sélection à moins de 20 €.

    Le profil : tabac, fruits noirs, notes fumées typiques des graves. Bouche droite et longue, tendue plutôt que généreuse. Un vin de terroir plus que de fruit, qui gagne à passer 30 minutes en carafe.

    Confirmé par : classement des Graves de 1953, révisé en 1959 ; Decanter 93/100 sur le 2020.

  • Château Cadet-Bon 2019 ≈ 38 € Indice JDV 17,5/20

    Saint-Émilion · grand cru classé · côte nord

    Notre avis : c’est le grand cru classé de Saint-Émilion le plus accessible de notre panel, qui permet de comprendre la différence entre les deux sens de « grand cru » sur cette appellation. À ce prix, on achète un château effectivement classé, là où une bouteille estampillée simplement « Saint-Émilion grand cru » ne garantit rien.

    Le profil : cerise noire, mûre et violette avec une touche de cacao. Bouche ronde aux tanins veloutés : le merlot de rive droite dans son registre le plus lisible. Déjà ouvert, encore 5 à 8 ans de ressource.

    Confirmé par : classement de Saint-Émilion 2022, grand cru classé.

  • Château Jean Faure 2022 ≈ 50 € Indice JDV 18/20

    Saint-Émilion · grand cru classé · 50 % cabernet franc · biodynamie

    Notre avis : pour découvrir autre chose que le merlot sur la rive droite, choisissez le plus atypique des 4. Jean Faure est planté à 50 % de cabernet franc, 45 % de merlot et 5 % de malbec, une proportion de cabernet franc rarissime à Saint-Émilion, qui donne un vin plus tendu et plus épicé que ses voisins. Olivier Decelle a repris la propriété en 2004 et l’a convertie : certifiée bio en 2017, biodynamie en 2023. Le classement en grand cru classé date de 2012. Le millésime 2022 est un millésime de garde : n’ouvrez pas avant 2028.

    Le profil : concentration marquée pour le prix, fruits noirs, épices, tanins soyeux, finale qui s’étire. La propriété ne compte que 18 hectares.

    Confirmé par : propriété d’Olivier Decelle depuis 2004, certifiée bio en 2017 et en biodynamie en 2023 ; encépagement 50 % cabernet franc, 45 % merlot, 5 % malbec ; grand cru classé au classement de 2012.

De 85 à 130 € : les meilleures affaires

C’est le cœur de ce guide. Sur cette tranche, Saint-Julien place 2 deuxièmes crus classés, un niveau de hiérarchie que Margaux, Pauillac et Saint-Estèphe ne proposent plus à ce prix.

  • Château Léoville-Barton 2019 ≈ 85 € Indice JDV 18/20

    Saint-Julien · 2e cru classé 1855 · famille Barton depuis 1826

    Notre avis : le meilleur achat de cette tranche, et l’un des rares deuxièmes crus classés dont le prix soit resté raisonnable. La famille Barton tient la propriété depuis 1826 sans interruption et n’a jamais dévié de son style : classique, austère dans sa jeunesse, d’une profondeur rare à maturité. C’est un achat de cave : il faut accepter de l’attendre.

    Le profil : cassis, tabac, cèdre. Tanins fermes qui réclament encore 5 à 8 ans. Il se garde 15 à 20 ans au total.

    Confirmé par : classement de 1855, deuxième cru classé ; propriété de la famille Barton depuis 1826.

  • Château Gruaud-Larose 2019 ≈ 90 € Indice JDV 17,5/20

    Saint-Julien · 2e cru classé 1855

    Notre avis : l’autre deuxième cru accessible de Saint-Julien se distingue par sa constance d’une décennie à l’autre, une qualité sous-estimée quand on achète pour la cave. Pour 5 € de plus que le Léoville-Barton, il offre un style un peu plus démonstratif et un peu moins austère. Si vous hésitez entre les deux, prenez le Barton pour la garde longue et le Gruaud pour ouvrir plus tôt.

    Le profil : fruits noirs, cèdre et épices. Structure tannique sérieuse mais jamais rêche, avec la tension nécessaire pour tenir 15 à 20 ans.

    Confirmé par : classement de 1855, deuxième cru classé ; Decanter 96/100 sur le millésime 2019.

  • Château Beychevelle 2019 ≈ 85 € Indice JDV 16,5/20

    Saint-Julien · 4e cru classé 1855

    Notre avis : le plus immédiatement plaisant de la tranche, et le plus connu du grand public, ce qui explique aussi qu’un quatrième cru s’y négocie au prix d’un deuxième. On paie ici une notoriété, notamment asiatique, autant qu’un rang. Cela dit, le vin est excellent : c’est le choix à faire si vous voulez ouvrir dans les 5 ans plutôt que patienter 15.

    Le profil : fruits bleus frais et fleurs sauvages, bouche ample et soyeuse, finale longue sans lourdeur. Assemblage à dominante cabernet-sauvignon complété de merlot et d’une pointe de petit verdot, élevé 18 mois en fût.

    Confirmé par : classement de 1855, quatrième cru classé ; Decanter 95/100 sur le 2019.

  • Château Troplong Mondot 2020 ≈ 100 € Indice JDV 17/20

    Saint-Émilion · 1er grand cru classé B · plateau de Saint-Émilion

    Notre avis : seul premier grand cru classé de notre panel, Troplong Mondot est le meilleur vin de la tranche en qualité absolue. Il occupe le point culminant du plateau de Saint-Émilion, ce qui lui donne une fraîcheur que les propriétés de pied de côte n’ont pas. Le 2020 reste fermé : l’ouvrir cette année serait du gâchis, visez 2028 au minimum.

    Le profil : grande concentration, fruits noirs, chocolat et épices, tanins soyeux, finale très longue. La matière et la structure sont là.

    Confirmé par : classement de Saint-Émilion 2022, premier grand cru classé B.

  • Château Pontet-Canet 2020 ≈ 128 € ★ Notre coup de cœur Indice JDV 17,5/20

    Pauillac · 5e cru classé 1855 · biodynamie · famille Tesseron

    Notre avis : c’est notre coup de cœur. Pontet-Canet est un cinquième cru qui joue régulièrement au niveau des deuxièmes, et parfois au-dessus, ce qui montre les limites de la hiérarchie de 1855. C’est aussi l’un des très rares crus classés du Médoc conduits en biodynamie intégrale, chevaux de trait compris, sous l’impulsion de la famille Tesseron. À ce niveau de qualité, c’est l’achat le plus défendable au-dessus de 100 €.

    Le profil : fruits noirs confits, cerise noire, graphite, cardamome. Tanins d’une rondeur et d’une précision rares, finale longue et minérale. Un Pauillac de précision plutôt que de démonstration.

    Confirmé par : classement de 1855, cinquième cru classé ; propriété conduite en biodynamie par la famille Tesseron.

  • Château Pichon Baron 2019 ≈ 120 € Indice JDV 16,5/20

    Pauillac · 2e cru classé 1855

    Notre avis : l’un des deuxièmes crus les plus réguliers de Pauillac, et le plus imposant de notre panel. C’est un vin de grande envergure qui demande 8 à 12 ans de cave au minimum : à l’ouvrir aujourd’hui, on ne perçoit qu’une fraction de ce qu’il deviendra. Son prix est cohérent avec son rang, ce qui lui vaut un indice moyen.

    Le profil : cassis, graphite, épices. Structure tannique imposante mais parfaitement enrobée. Encore très jeune, presque fermé.

    Confirmé par : classement de 1855, deuxième cru classé ; Decanter 97/100 sur le millésime 2019.

Au-dessus de 130 € : les grands noms

Passé ce seuil, on paie une part croissante de notoriété. Les deux vins ci-dessous sont excellents ; ils ne sont simplement plus des affaires, et leur indice le reflète.

  • Château Cos d’Estournel 2019 ≈ 140 € Indice JDV 16/20

    Saint-Estèphe · 2e cru classé 1855 · architecture orientale

    Notre avis : aucun vin de cette page n’est plus complexe, ni plus exigeant en patience. Cos d’Estournel est le grand nom de Saint-Estèphe, appellation dont les sols plus argileux donnent des vins plus fermes et plus tanniques que Pauillac, un style qui se prête mal à l’ouverture précoce. Sa régularité sur les grands millésimes est exemplaire. Il est réservé aux amateurs de garde : comptez 10 ans avant d’y toucher.

    Le profil : fruits noirs profonds, épices, tabac, structure monumentale. Il récompense ceux qui savent attendre.

    Confirmé par : classement de 1855, deuxième cru classé ; Decanter 98/100 sur le millésime 2019.

  • Château Lynch-Bages 2020 ≈ 150 € Indice JDV 15,5/20

    Pauillac · 5e cru classé 1855

    Notre avis : c’est le Pauillac qu’on offre, même si nous le trouvons cher pour ce qu’il est. Lynch-Bages est un cinquième cru dont la cote a beaucoup progressé, portée par un style généreux et immédiatement plaisant qui séduit large. C’est un excellent vin ; simplement, pour moins cher, le Pontet-Canet en donne plus, et le Cantemerle en donne quatre fois plus par euro dépensé. Le bon usage de cette bouteille, c’est le cadeau.

    Le profil : matière riche et pulpeuse, tanins très civilisés et fraîcheur tonique. Il se boit dès maintenant et peut aussi se garder 10 ans.

    Confirmé par : classement de 1855, cinquième cru classé ; Decanter 98/100 sur le millésime 2020.

Le Château Cos d’Estournel et son architecture orientale, à Saint-Estèphe
Le Château Cos d’Estournel et ses pagodes, à Saint-Estèphe. Photo David Perez / Wikimedia Commons (CC BY 3.0)

Guide des millésimes 2018-2022

Millésimes bordelais disponibles en 2026
Millésime Profil Dans notre panel Quand l’ouvrir
2022Concentration et fraîcheur rares, millésime de très haut niveau1 cuvéeÀ partir de 2030
2021Plus léger et plus frais, inégal selon les propriétésAucuneMaintenant, sans chercher à garder
2020Concentré et structuré, fraîcheur préservée5 cuvées2027 à 2040
2019Homogène, tanins soyeux, belle acidité6 cuvéesDéjà ouvert
2018Puissant, concentré, solaireAucunePhase fermée sur beaucoup de crus : attendre

Notre verdict : le 2019 domine notre sélection avec 6 cuvées sur 12, ce qui s’explique : c’est le millésime à boire maintenant, homogène d’un cru à l’autre, avec des tanins déjà fondus. Le 2020, avec 5 cuvées, est le meilleur choix pour constituer une cave : même niveau de qualité, mais il lui faut encore quelques années. Le 2022 est le millésime à acheter et oublier, à condition d’avoir la patience d’attendre 2030. Le 2021 se boit jeune et ne mérite pas qu’on lui consacre une place en cave.

Pour l’analyse appellation par appellation, notre guide des millésimes de Bordeaux détaille les fenêtres de dégustation année par année.

Notre analyse

Répartition des 12 crus classés par appellation
Appellation Crus Fourchette de prix
Pauillac3 / 12 (25 %)120 à 150 €
Saint-Julien3 / 12 (25 %)85 à 90 €
Saint-Émilion3 / 12 (25 %)38 à 100 €
Haut-Médoc1 / 12 (8 %)30 €
Pessac-Léognan1 / 12 (8 %)32 €
Saint-Estèphe1 / 12 (8 %)140 €

3 points à retenir

  1. Saint-Julien est l’appellation la plus efficiente du Médoc. Notre sélection y compte 3 crus classés entre 85 et 90 €, dont 2 deuxièmes crus. Pauillac, à rang comparable, démarre à 120 €. Les deux communes se touchent : l’écart vient de la présence des premiers crus à Pauillac, qui tire toute l’appellation vers le haut.
  2. Le rang au classement et le prix ne coïncident plus. Dans notre panel, 2 cinquièmes crus, Pontet-Canet et Lynch-Bages, coûtent plus cher que 3 deuxièmes crus, et un troisième, Cantemerle, coûte quatre fois moins. Le classement de 1855 n’a presque pas changé en 170 ans, alors que le marché réévalue sans cesse les propriétés.
  3. Les origines méconnues font les meilleures affaires. Les 2 cuvées les moins chères de cette page sont celles dont l’origine parle le moins au public : Cantemerle est en Haut-Médoc générique plutôt qu’en communale prestigieuse, et Olivier relève du classement des Graves, sans hiérarchie et sans notoriété. Chercher les crus classés là où le mot ne fait pas vendre est la stratégie la plus rentable du Bordelais.
Sur le même millésime, un cinquième cru classé coûte 150 € et un autre 30 € : le classement de 1855, établi d’après les prix de l’époque, ne reflète plus ceux d’aujourd’hui.

Notre verdict : l’achat le plus intelligent est Cantemerle 2020, et la meilleure bouteille au-dessus de 100 €, Pontet-Canet 2020. Pour la cave, prenez Léoville-Barton 2019 ; pour découvrir Pessac-Léognan, Olivier 2020 ; pour sortir du merlot sur la rive droite, Jean Faure 2022.

FAQ : vos questions sur les grands crus classés

Quel grand cru classé offre le meilleur rapport qualité-prix en 2026 ?

Le Château Cantemerle 2020, cinquième cru classé de 1855 en Haut-Médoc, à 34,90 € en septembre 2026. Un cru classé du classement historique à ce prix est une anomalie que la baisse du marché bordelais a rendue possible. Pour 85 à 90 €, Léoville-Barton et Gruaud-Larose en Saint-Julien donnent accès à des deuxièmes crus classés, ce que les autres appellations prestigieuses ne permettent plus. Enfin, à 128 €, le Pontet-Canet 2020 en Pauillac reste le vin le plus abouti de notre sélection.

Quelle est la différence entre grand cru et grand cru classé à Bordeaux ?

La confusion est fréquente et coûteuse. À Saint-Émilion, « grand cru » seul est une appellation de base que des centaines de propriétés peuvent revendiquer : elle ne dit presque rien de la qualité. « Grand cru classé » est un statut sélectif, accordé à 71 châteaux dans le classement de 2022. Dans le Médoc, l’expression désigne les crus du classement de 1855, du premier au cinquième cru. Ce sont deux systèmes distincts qu’il ne faut pas mélanger.

Quels sont les trois classements de Bordeaux ?

Le classement de 1855 couvre le Médoc et un cru des Graves, Haut-Brion : il hiérarchise les châteaux du premier au cinquième cru et n’a été modifié qu’une fois, en 1973, pour promouvoir Mouton Rothschild. Le classement de Saint-Émilion est révisé tous les 10 ans ; la version de 2022 compte 14 premiers grands crus classés et 71 grands crus classés. Le classement des Graves, établi en 1953 et révisé en 1959, ne hiérarchise pas : les châteaux retenus sont simplement crus classés de Graves.

À partir de quel prix peut-on acheter un grand cru classé ?

À partir de 30 € environ. C’est le prix du Château Cantemerle 2020, cinquième cru classé de 1855, et cela n’aurait pas été possible il y a 5 ans. Le Château Olivier en Pessac-Léognan se trouve à 32 €, et on trouve 2 grands crus classés de Saint-Émilion sous 50 €. Au-delà, notre panel offre le plus de valeur entre 85 et 130 € : c’est là que se trouvent les deuxièmes crus classés accessibles.

Quel millésime de Bordeaux acheter en 2026 ?

Le 2019 pour boire maintenant : homogène, tanins soyeux, déjà ouvert, et c’est le millésime le plus représenté de notre sélection avec 6 cuvées sur 12. Le 2020 pour constituer une cave : concentré, structuré, avec une fraîcheur préservée, et encore disponible à des prix raisonnables. Le 2022 pour l’avenir, mais il ne faut pas l’ouvrir avant 2030. Le 2021, plus léger et inégal, se boit jeune sans chercher à le garder.

Vaut-il mieux acheter un cinquième cru classé ou un bon cru bourgeois ?

Cela dépend entièrement du prix. Un cinquième cru comme Cantemerle bat la plupart des crus bourgeois vendus au même prix, parce que le terroir et le savoir-faire y sont installés depuis des décennies. Mais un excellent cru bourgeois à 15 ou 20 € peut dépasser un cinquième cru mal conduit, car le classement de 1855 n’a presque pas changé depuis sa création. Il indique une origine et un terroir, sans garantir la qualité actuelle.

Sources

Article rédigé par

Camille Rousseau

Journaliste et consultante en vins et spiritueux, Camille Rousseau conçoit les guides d’achat du Journal du Vin : cuvées goûtées en rédaction quand les bouteilles lui parviennent, sélections recoupées avec les palmarès publiés (Revue du Vin de France, Bettane+Desseauve, Guide Hachette, concours), prix vérifiés en caviste et en grande distribution. Elle accompagne par ailleurs des cavistes indépendants dans la construction de leur gamme. Voir sa page auteur · LinkedIn.