Château Pontet-Canet 2019 : prix, notes et élevage en dolia
Le Pontet-Canet 2019 partage la critique : 99 points pour James Suckling, 93 pour le Wine Advocate. Cet écart s’explique en partie par son élevage, dans des jarres de béton fabriquées avec la terre du domaine.
Le prix : 157 € la bouteille chez Millésima en septembre 2026, 149 € à la caisse de 6. Le vin était sorti en primeur nettement moins cher, après une baisse d’environ un tiers par rapport au 2018.
Les notes : James Suckling 99, Wine Enthusiast 98, Decanter 96, Wine Advocate 93, soit 6 points d’écart entre deux références internationales pour le même vin.
L’élevage : depuis 2012, une partie du vin passe en dolia, des jarres de béton de 900 litres fabriquées avec les matériaux de la propriété. Pour le 2019 : 50 % en fûts neufs, 35 % en dolia et 15 % en fûts d’un vin. Il en résulte une texture que tous les dégustateurs n’attendent pas.
Notre méthode
Ce portrait s’appuie sur les pages officielles de la propriété, sur un relevé de prix daté, sur les notes publiées par des critiques identifiés et sur le texte original d’Henry James.
La description aromatique du 2019 citée plus bas est celle que publie le château.
Le prix du Pontet-Canet 2019
Nous l’avons relevé à 157 € la bouteille de 75 cl chez Millésima en septembre 2026, soit 149 € l’unité à la caisse de 6.
Le vin était pourtant sorti bien moins cher. En 2020, lors de la campagne des primeurs du millésime 2019, Pontet-Canet a ouvert le bal en baissant son prix d’environ un tiers par rapport au 2018, un geste très commenté. Le marché a depuis rattrapé une bonne partie de l’écart. Notre guide pour investir dans le vin explique pourquoi une telle décote à la sortie n’est plus la règle depuis la campagne 2021.
Pour comparer, notre guide des grands crus classés relève le millésime 2020 autour de 128 € : le 2019 est aujourd’hui le plus cher des deux, en accord avec l’accueil réservé au millésime.
Des critiques partagés
Les notes publiées par les grands critiques couvrent un écart inhabituel.
| Critique | Note | Remarque |
|---|---|---|
| James Suckling | 99/100 | 26e de son top 100 mondial |
| Wine Enthusiast | 98/100 | |
| Decanter | 96/100 | |
| Wine Advocate | 93/100 | jugé « potentiellement 100 » en primeur |
6 points séparent Suckling du Wine Advocate. Sur une échelle de 100 où l’essentiel des grands vins se joue entre 92 et 100, c’est un écart considérable, et il est d’autant plus notable que le Wine Advocate avait évoqué en primeur un potentiel de 100 points avant de s’arrêter à 93 sur la bouteille.
Ce vin ne fait donc pas l’unanimité, ce qui ne veut pas dire qu’il est moins bon : il est différent, et son élevage explique pourquoi.
Les dolia de béton, faits avec la terre du domaine
C’est la grande singularité de la propriété, et elle explique à la fois le style du vin et le désaccord des dégustateurs.
Outre ses barriques, Pontet-Canet élève une partie de son vin en dolia de béton d’environ 900 litres, fabriqués sur mesure. Leur béton est composé avec les matériaux de la propriété : les graves du domaine pour le cabernet-sauvignon, du calcaire et de l’argile pour les autres cépages. Le contenant est fait de la terre qui a porté le raisin.
Sur le millésime 2019, la répartition de l’élevage est la suivante :
-
Fûts de chêne neufs 50 %
La part classique, celle qui apporte le grain et les notes d’élevage attendues à Pauillac -
Dolia de béton 35 %
900 litres · béton composé avec les graves, le calcaire et l’argile de la propriétéUn contenant inerte, qui n’apporte aucun arôme de bois : il agit sur la texture et l’oxygénation, donc sur la sensation tannique.
-
Fûts d’un vin 15 %
Barriques ayant déjà servi un millésime, apport boisé atténué
Voilà l’explication du désaccord. James Suckling le formule lui-même : il relève que les tanins de ce vin ont la force reconnaissable de Pauillac, mais que l’influence des amphores les rend moins soyeux que dans les plus gros vins de l’appellation. Il l’écrit comme une qualité, en donnant 99. Un dégustateur attaché au moelleux que confère le bois neuf peut lire exactement la même sensation comme un défaut de rondeur.
Le 2019 marque par ailleurs une autre première : l’éraflage a été mené à la main, sans machine, avec des vinifications en grappes entières et des pigeages légers, un travail considérable sur 81 hectares.
La fiche de la propriété
- Appellation et rang
- Pauillac, cinquième grand cru classé en 1855. Ce classement, presque inchangé depuis, reflète mal le niveau actuel de la propriété.
- Vignoble
- 81 hectares au nord de Pauillac, sur des graves garonnaises déposées lors des glaciations quaternaires et reposant sur un socle calcaire. Ce drainage force la vigne à s’enraciner profondément ; c’est le mécanisme, banal en apparence, qui fait la qualité du Médoc.
- Encépagement
- 65 % cabernet-sauvignon, 30 % merlot, 3 % cabernet franc, 2 % petit verdot. Un profil classiquement pauillacais, sans singularité d’assemblage : la singularité est ailleurs, dans la conduite et l’élevage.
- Certifications
- Conversion décidée en 2004, après des essais sur 14 hectares seulement. Agriculture biologique (Ecocert) et biodynamie (Biodyvin) en 2010, Demeter en 2014. Premier grand cru classé du Médoc certifié sur la totalité de son vignoble. Le travail du sol se fait au cheval, pour éviter le tassement.
- Prix
- 157 € la bouteille, 149 € à la caisse de 6, relevés chez Millésima en septembre 2026.
- Ce que dit la maison du 2019
- Robe grenat aux reflets pourpres, nez vif et expressif de fraise, cassis et cèdre avec des touches fumées et mentholées, bouche ample et veloutée aux tanins élégants, finale longue sur un élan fruité. Description publiée par le château.
L’histoire du château et de ses 3 familles
Les dates qui suivent viennent de la propriété elle-même.
1705. Jean-François de Pontet réunit ses premières terres au nord de Pauillac. Il fut Grand Écuyer de Louis XV à Versailles, puis gouverneur du Médoc en Guyenne : la charge royale est postérieure à l’achat, puisque Louis XIV régnait encore en 1705.
1757. Acquisition des terres du lieu-dit Canet. 1781 : les deux noms sont réunis et Château Pontet-Canet existe officiellement. Il aura donc fallu trois quarts de siècle pour que le domaine porte son nom.
1855. Pontet-Canet figure au classement, comme cinquième cru. 1865 : Henri Herman Cruse acquiert la propriété. 1895 : construction d’un chai alors jugé révolutionnaire, signé Charles Skawinski, l’un des grands régisseurs du Médoc de son époque.
1975. Guy Tesseron, négociant en cognac, rachète le domaine. 1994 : son fils Alfred Tesseron en prend la direction. 2015 : Justine Tesseron rejoint la propriété. La famille est toujours aux commandes, Alfred étant coprésident et la quatrième génération, Mélanie et Justine, désormais associée à la conduite du domaine.
La citation d’Henry James
C’est la citation la plus associée à la propriété, et elle a une suite.
Le texte est A Little Tour in France, publié en 1884 après une parution en feuilleton dans The Atlantic Monthly en 1883 et 1884, à la suite d’un voyage effectué en 1882. James y imagine une analogie entre le bon Bordeaux et les qualités de l’esprit français, et écrit qu’il y a « une touche de raison française, de complétude française, dans un verre de Pontet-Canet ».
La phrase suivante est plus savoureuse : James reconnaît aussitôt que le danger d’une telle envolée est qu’un lecteur lui coupe l’herbe sous le pied en objectant que le bon Bordeaux n’existe pas, ajoutant qu’il n’aurait alors rien à répondre, qu’il serait incapable de dire où en trouver, et qu’il n’en avait lui-même pas trouvé à Bordeaux.
Le compliment littéraire le plus repris de l’histoire de la propriété est donc une pirouette d’écrivain, aussitôt nuancée par son auteur. Cela n’enlève rien au vin, et c’est un bel exemple de citation qui gagne à être lue en entier.
FAQ : vos questions sur le Château Pontet-Canet
Quel est le prix d’une bouteille de Château Pontet-Canet 2019 ?
157 € la bouteille de 75 cl chez Millésima en septembre 2026, soit 149 € l’unité à la caisse de 6. Le vin était sorti en primeur bien moins cher, la propriété ayant baissé son prix d’environ un tiers par rapport au 2018 ; le marché a depuis rattrapé une bonne partie de l’écart. À titre de comparaison, nous avions relevé le millésime 2020 autour de 128 € dans notre guide des grands crus classés.
Les critiques sont-ils d’accord sur le Pontet-Canet 2019 ?
Non, et c’est ce qui rend ce vin intéressant. James Suckling lui donne 99 points et le classe 26e de son top 100 mondial. Decanter donne 96. Le Wine Advocate donne 93, après l’avoir jugé en primeur potentiellement digne de 100. Un écart de 6 points entre deux références internationales, sur la même bouteille, est considérable.
Pourquoi ce vin divise-t-il autant ?
Une raison technique revient dans les notes des dégustateurs : l’élevage. Pontet-Canet élève une partie de son vin dans des dolia de béton de 900 litres fabriqués sur mesure avec les matériaux de la propriété, graves pour le cabernet-sauvignon, calcaire et argile pour les autres cépages. Sur le 2019, la répartition est de 50 % en fûts neufs, 35 % en dolia et 15 % en fûts d’un vin. James Suckling note lui-même que l’influence des amphores rend les tanins moins soyeux que dans les plus gros vins de l’appellation. C’est un parti pris, qui produit une texture différente de celle qu’attend un dégustateur habitué au bois neuf.
Pontet-Canet est-il le seul grand cru classé en biodynamie ?
Il a été le premier grand cru classé du Médoc certifié sur l’ensemble de son vignoble : agriculture biologique par Ecocert et biodynamie par Biodyvin en 2010, puis Demeter en 2014. La décision de convertir les 81 hectares a été prise en 2004, après des essais sur 14 hectares seulement. D’autres propriétés bordelaises ont suivi depuis : Pontet-Canet reste le premier, et celui qui a le plus de recul.
Quand ouvrir un Pontet-Canet 2019 ?
Le vin est buvable dès à présent après un long carafage, mais il ne montre alors qu’une partie de ce qu’il a. La fenêtre idéale commence vers 2028 et s’étend largement au-delà de 2040. Ces fourchettes restent des estimations : sur une bouteille à 157 €, les conditions de conservation comptent autant que l’année d’ouverture.
Que dit Henry James du Pontet-Canet ?
Il le cite dans A Little Tour in France, publié en 1884 : il y imagine une analogie entre le bon Bordeaux et les qualités de l’esprit français, et écrit qu’il y a « une touche de raison française, de complétude française, dans un verre de Pontet-Canet ». Mais il enchaîne aussitôt en reconnaissant qu’un lecteur pourrait lui couper l’herbe sous le pied en objectant que le bon Bordeaux n’existe pas, ajoutant qu’il n’aurait alors rien à répondre et qu’il n’en a lui-même pas trouvé à Bordeaux.
Sources
- Château Pontet-Canet, trois siècles, trois familles : 1705, 1757, 1781, 1865, 1895, 1975, 1994, 2015
- Château Pontet-Canet, les millésimes : superficie, encépagement, note officielle du 2019
- Millésima, prix relevé du Pontet-Canet 2019 en septembre 2026
- JamesSuckling.com, la baisse de prix des primeurs 2019 et la note de 99
- Henry James, A Little Tour in France, texte intégral (Project Gutenberg)
- iDealwine, l’élevage en dolia de béton fabriqués avec les matériaux du domaine
- Decanter, 10 ans de biodynamie à Pontet-Canet