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Champagne : Portrait de cuvée

Pol Roger Brut Vintage 2018 : la fiche, le prix réel, l’histoire Churchill

Vingt crus, des caves à 33 mètres, un remuage encore fait à la main et aucun élevage sous bois depuis 1930. Ce que la maison publie sur son millésimé, ce qu’il coûte vraiment, et les deux erreurs qui circulent sur cette maison.

Les bâtiments de Pol Roger sur l’avenue de Champagne à Épernay
Les bâtiments de Pol Roger sur l’avenue de Champagne à Épernay, construits en 1930 sur les plans de l’architecte F. Gallot. Photo Daniel Jolivet / Wikimedia Commons (CC BY 2.0)
L’essentiel : la réponse en bref

La cuvée : 60 % pinot noir, 40 % chardonnay, vingt grands et premiers crus entre Montagne de Reims et Côte des Blancs. Double débourbage, fermentation en inox sous 18 °C, malolactique complète, remuage à la main, caves à 33 mètres. Et aucun élevage sous bois depuis 1930.

Le prix réel : 82,80 € la bouteille en étui, relevé en septembre 2026. La fourchette constatée va de 80 à 100 €, pas de 35 à 50 € comme on le lit parfois.

La cuvée Sir Winston Churchill 2018 n’existe pas. Le dernier millésime commercialisé est le 2015, vingt-et-unième édition, autour de 245 €. Le 2016 a été écarté.

La maison ne se visite pas. Elle l’écrit sur sa page de contact. C’est une exception sur l’avenue de Champagne, où la plupart des grandes maisons reçoivent.

Notre méthode, et ce que ce portrait n’est pas

Portrait de cuvée documentaire, établi sur les pages officielles de la maison et sur des relevés de prix datés. Nous n’avons pas reçu cette bouteille en rédaction et nous n’avons donc pas de note de dégustation à publier.

Ce qui vient de la maison
L’assemblage, les crus, la profondeur des caves, les méthodes de vinification, l’histoire et les conditions d’accès. Cité en l’attribuant.
Ce qui est de nous
La mise en perspective : ce que les choix techniques impliquent, ce que la maison ne dit pas, et les corrections que nous apportons à ce qui circule. C’est notre apport, et il est signalé.
Les prix
Relevés en septembre 2026 chez des distributeurs français nommés. Un champagne millésimé bouge peu, mais l’étui et le coffret font varier le tarif de dix à vingt euros.

Nous ne produisons pas de note chiffrée de dégustation. Le jour où la bouteille passera en rédaction, nous mettrons cette page à jour et nous la daterons.

Deux erreurs qui circulent, et une omission

Elles reviennent dans plusieurs guides consacrés à cette maison, et les deux premières ont des conséquences directes pour l’acheteur.

  1. « Une Cuvée Sir Winston Churchill 2018. » Elle n’existe pas. Le dernier millésime commercialisé est le 2015, sorti comme la vingt-et-unième édition de cette cuvée créée en 1975. Pol Roger ne millésime cette cuvée que dans les années qu’elle juge dignes, et 2016 a été écarté. Le prix suit la rareté : comptez environ 245 € pour un 2015, soit trois fois le Brut Vintage.
  2. « Le Brut Vintage est à 35 ou 50 €. » Non. Nous l’avons relevé à 82,80 € en étui, et la fourchette constatée va de 80 à 100 €. L’ordre de grandeur annoncé correspond à un brut sans année de grande maison, pas à un millésimé de Pol Roger. L’écart est du simple au double, et il change complètement l’arbitrage : à 82 €, ce vin se compare au Bollinger La Grande Année à 159 €, pas au Brut Réserve d’une maison voisine.
  3. « La maison propose des visites sur rendez-vous. » Elle écrit exactement l’inverse sur sa page de contact : « The House is not open for public visits ». C’est une singularité sur l’avenue de Champagne, où Moët, Mercier ou de Castellane reçoivent des milliers de visiteurs. Ne prévoyez pas Pol Roger dans un itinéraire de caves ; notre itinéraire de Reims à Épernay liste celles qui ouvrent.

La fiche de la cuvée

Données publiées par la maison, relevées en septembre 2026
ParamètreValeurCe que cela situe
Pinot noir60 %Structure et ampleur
Chardonnay40 %Tension et finale
Origine20 grands et premiers crusMontagne de Reims et Côte des Blancs
DébourbageDoubleClarification poussée du moût
FermentationInox, sous 18 °C, par cru et cépageLente et contrôlée
MalolactiqueComplèteChoix de style, pas de neutralité
Élevage sous boisAucun depuis 1930Presque un siècle de constance
Caves33 mètres sous le niveau de la rueTempérature et hygrométrie stables
RemuageÀ la mainDevenu rare en Champagne
Prix constaté82,80 € en étuiFourchette 80 à 100 €

La maison ne publie pas le dosage de cette cuvée, ni la durée exacte d’élevage sur lattes du millésime 2018. Nous ne la donnons donc pas : les durées de sept à huit ans que l’on trouve ailleurs concernent d’autres millésimes.

Ce que la technique révèle du style

Une fiche technique se lit comme un aveu : chaque choix élimine une option. Trois lignes de celle-ci disent l’essentiel.

Aucun bois depuis 1930

C’est la plus parlante, et presque personne ne la relève. Pol Roger a cessé d’élever ses vins sous bois il y a près d’un siècle, à une époque où c’était encore la norme. Cela place la maison à l’exact opposé de Bollinger ou de Krug, qui vinifient en fûts. Un Pol Roger n’aura jamais les notes de noisette grillée et de pain d’épices qu’un élevage sous bois apporte : ce qu’il donne vient du raisin et du temps sur lattes, pas du contenant.

Une malolactique complète

Convertir toute l’acidité malique en acidité lactique adoucit le vin et le stabilise. Ce n’est pas un choix neutre : des maisons comme Lanson ou Gosset la bloquent précisément pour garder la tension du malique. Chez Pol Roger, l’acidité vient donc d’ailleurs, du chardonnay et de la fraîcheur des crus, plutôt que d’une acidité conservée par défaut.

Un remuage à la main

La quasi-totalité de la Champagne remue par gyropalettes depuis les années 1970, pour une raison simple : une gyropalette traite en quelques jours ce qu’un remueur met plusieurs semaines à faire, à qualité de résultat très proche. Maintenir le remuage manuel est un choix qui coûte, et qui relève autant de l’identité que de la technique. La maison le revendique ; nous le rapportons sans trancher sur son effet réel dans le verre.

Ce que nous ne pouvons pas dire : si ces choix produisent un meilleur champagne. Nous n’avons pas dégusté cette bouteille, et la seule chose honnête à écrire est ce que la maison fait, pas ce que cela donne.

Pupitres de remuage dans les caves de Pol Roger à Épernay
Les pupitres des caves de Pol Roger à Épernay, utilisés pour le remuage manuel des bouteilles. Photo Tomas er / Wikimedia Commons (CC BY-SA 3.0)

1849, et l’effondrement qui aurait dû tout arrêter

La première vente de Pol Roger date du 2 janvier 1849. Il a dix-huit ans. Deux ans plus tard, en 1851, il installe son activité à Épernay.

Le 23 février 1900, une partie des caves et des bâtiments s’effondre. La maison perd 500 tonneaux et 1,5 million de bouteilles. Pour donner l’échelle : c’est l’équivalent de plusieurs années de production détruites en une nuit, à une époque sans assurance moderne ni crédit bancaire commode.

La maison se relève. La même année 1900, la famille obtient de changer son patronyme en Pol-Roger, avec le trait d’union, en hommage au fondateur disparu. En 1912, Maurice Roger devient maire d’Épernay.

Un détail de gouvernance mérite d’être noté, parce qu’il explique la constance de la maison : Pol Roger est restée familiale et indépendante, aujourd’hui à la sixième génération. Sur l’avenue de Champagne, où la plupart des grandes marques appartiennent à des groupes de luxe, c’est devenu une exception.

Churchill, et le détail que tout le monde oublie

C’est dans les années 1940 que Winston Churchill découvre la maison, par l’entremise d’Odette Pol-Roger, dont il devient l’ami. Il qualifie le 44 avenue de Champagne, adresse de la maison, de « most drinkable address in the world », la plus buvable adresse du monde.

Et il n’y est jamais allé. Les charges de sa fonction l’en ont empêché. La formule la plus citée de l’histoire du champagne décrit donc un lieu que son auteur n’a jamais vu, ce qui ne lui enlève rien mais mérite d’être dit, tant on la présente partout comme le souvenir d’une visite.

En 1975, dix ans après la mort de Churchill, la maison crée la Cuvée Sir Winston Churchill, lancée à Blenheim Palace, son lieu de naissance, en magnums uniquement. La cuvée n’est produite que dans les millésimes jugés dignes : le 2015 en est la vingt-et-unième édition en cinquante ans, ce qui donne la mesure de la sélectivité.

L’adresse actuelle de la maison est le 1 rue Winston Churchill, à Épernay. Les bâtiments, eux, donnent sur l’avenue de Champagne et datent de 1930.

Sur l’assemblage de la cuvée Churchill : la maison ne le publie pas. On lit souvent « majorité de pinot noir, grands crus exclusivement » ; c’est plausible et conforme à ce que la maison laisse entendre, mais nous n’avons pas trouvé de source officielle le détaillant. Nous ne le présentons donc pas comme un fait établi.

FAQ : vos questions sur Pol Roger

Quel est le prix du Pol Roger Brut Vintage 2018 ?

Environ 82,80 € la bouteille en étui, relevé chez Plus-de-Bulles en septembre 2026. La fourchette constatée d’un caviste à l’autre se situe entre 80 et 100 €. Méfiez-vous des guides qui annoncent 35 à 50 € : c’est l’ordre de prix d’un brut sans année de grande maison, pas d’un millésimé de Pol Roger.

Existe-t-il une Cuvée Sir Winston Churchill 2018 ?

Non. Le dernier millésime commercialisé de la Cuvée Sir Winston Churchill est le 2015, sorti comme la vingt-et-unième édition de cette cuvée créée en 1975. Pol Roger ne millésime cette cuvée que dans les années qu’elle juge dignes, et le 2016 a été écarté. Une bouteille de Sir Winston Churchill 2015 se négocie autour de 245 €, soit trois fois le prix du Brut Vintage, ce qui rend l’affirmation d’un 2018 à 80 ou 120 € doublement fausse.

Quel est l’assemblage du Pol Roger Brut Vintage ?

60 % de pinot noir et 40 % de chardonnay, issus de vingt grands et premiers crus répartis entre la Montagne de Reims et la Côte des Blancs. La maison précise que les cépages et les villages sont vinifiés séparément, en cuve inox à température contrôlée sous 18 °C, avec un double débourbage et une fermentation malolactique complète. Elle n’élève plus aucun vin sous bois depuis 1930.

Peut-on visiter la maison Pol Roger à Épernay ?

Non. La maison indique en toutes lettres sur sa page de contact qu’elle n’est pas ouverte aux visites publiques. C’est une exception notable sur l’avenue de Champagne, où la plupart des grandes maisons reçoivent. L’adresse, 1 rue Winston Churchill à Épernay, ne se visite donc pas, et les guides qui annoncent des visites sur rendez-vous se trompent.

Pourquoi Pol Roger est-il le champagne de Winston Churchill ?

Churchill découvre la maison dans les années 1940 par l’entremise d’Odette Pol-Roger, dont il devient l’ami. Il qualifie le 44 avenue de Champagne, adresse de la maison, de « most drinkable address in the world ». Un détail est presque toujours omis : Churchill n’y est jamais allé, les charges de sa fonction l’en ayant empêché. La maison lui rend hommage en 1975 en créant la Cuvée Sir Winston Churchill, lancée à Blenheim Palace, son lieu de naissance, en magnums uniquement.

Combien de temps peut-on garder un Pol Roger Brut Vintage ?

Le millésimé de Pol Roger fait partie des champagnes de garde, et son profil s’y prête : la fermentation malolactique complète et l’absence de bois donnent un vin droit, qui évolue sur la pâtisserie plutôt que sur l’oxydation. Dix à quinze ans en cave stable, entre 10 et 12 °C, sont raisonnables pour un millésime récent. Sans cave, dans un logement où la température varie, ne comptez pas au-delà de trois à cinq ans : c’est l’amplitude thermique qui abîme un champagne, plus que la durée.

Sources

Article rédigé par

Swann Bertaud

Chroniqueur vin et champagne du Journal du Vin, Swann Bertaud est spécialiste des champagnes et vins effervescents : cuvées goûtées en rédaction quand les bouteilles lui parviennent, sélections recoupées avec les palmarès publiés, notes toujours attribuées à leur source. Voir sa page auteur · LinkedIn.

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