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Portrait de maison : Champagne

Champagne Henriot : histoire, cuvées et propriétaires de la maison

Henriot a été fondée à Reims en 1808 par une veuve de 32 ans, Apolline Henriot : c’est la onzième maison de Champagne par ordre de création. Deux siècles plus tard, elle n’appartient plus à la famille.

Les vignes de la maison Henriot pendant les vendanges, sur la Montagne de Reims
Les vignes de la maison pendant les vendanges, sur la Montagne de Reims : le socle de pinot noir sur lequel Apolline Henriot a bâti l’affaire en 1808. Photo © Champagne Henriot, reproduite avec l’autorisation de la maison
L’essentiel

La fondatrice : Apolline Henriot, née Godinot (1775-1859), veuve depuis 3 ans quand elle fonde la maison à Reims.

1808 : la maison naît sous le nom de Veuve Henriot. C’est la onzième maison de Champagne par ordre de création.

La maison n’est plus familiale. Cédée le 30 septembre 2022 à Artémis Domaines, la holding viticole de la famille Pinault, elle appartient depuis le 29 septembre 2023 à Terroirs et Vignerons de Champagne, une union de coopératives qui possède aussi Nicolas Feuillatte.

La collection compte 5 cuvées, du Brut Souverain à la Cuve 38 Réserve Perpétuelle.

Notre méthode

Ce portrait s’appuie sur les pages officielles de la maison, sur l’état civil de la fondatrice et sur la presse professionnelle pour les opérations capitalistiques.

Les descriptions aromatiques citées sont les notes officielles de la cheffe de caves de la maison.

Apolline Henriot, née Godinot

La fondatrice est Apolline Henriot, née Apolline Godinot, à Reims le 30 novembre 1775, morte le 26 avril 1859. Elle épouse Nicolas-Simon Henriot en 1794 et se retrouve veuve en 1805.

Portrait d’Apolline Henriot, née Godinot, fondatrice de la maison en 1808
Apolline Henriot, née Godinot (1775-1859). Photo © Champagne Henriot, reproduite avec l’autorisation de la maison

1808 : une maison fondée par une veuve de 32 ans

La famille Henriot est installée en Champagne depuis 1640. Venue de Lorraine, elle y négociait d’abord des draps avant de glisser vers le commerce des vins. Apolline, elle, appartient à une lignée qui a laissé une trace écrite dans l’histoire du vin : elle descend du chanoine Jean Godinot, auteur en 1718 d’un traité sur la culture de la vigne et la façon de faire le vin en Champagne, l’un des premiers textes techniques sur le sujet.

Veuve en 1805 à 30 ans, elle fonde la maison 3 ans plus tard, sous le nom de Veuve Henriot. À l’époque, le Code civil de 1804 frappe la femme mariée d’incapacité juridique : elle ne peut pas commercer sans l’autorisation de son mari. Le veuvage lève cette incapacité. C’est pourquoi la Champagne du XIXe siècle compte tant de maisons de « veuves ». Apolline Henriot appartient à cette génération, aux côtés de Barbe-Nicole Clicquot Ponsardin.

Selon le décompte de la maison, Henriot est la onzième maison de Champagne par ordre de création.

Deux terroirs réunis par un mariage

Les vignes d’origine sont sur la Montagne de Reims : Verzy, Verzenay, Mailly-Champagne, des crus de pinot noir qui donnent à la maison son ossature et sa capacité de garde. C’est le socle des premiers assemblages.

En 1880, Paul Henriot, arrière-petit-fils de la fondatrice, épouse Marie Marguet, issue d’une famille vigneronne de la Côte des Blancs. Le mariage fait entrer dans le patrimoine les chardonnays d’Avize, du Mesnil-sur-Oger et de Chouilly. La maison dispose dès lors des deux registres qui la définissent encore : la structure du pinot noir du nord, la tension du chardonnay du sud.

Ce mariage se lit toujours dans les assemblages Henriot : la part importante du chardonnay dans le Brut Souverain, inhabituelle pour une maison de la Montagne de Reims, en est l’héritage. Dans les années 1970, Joseph Henriot, septième génération, développe encore la collection de vins de réserve qui rendra possible, deux décennies plus tard, la Cuve 38.

Alice Tétienne, cheffe de caves de la maison Henriot, dans le vignoble
Alice Tétienne, cheffe de caves depuis février 2020 et directrice générale adjointe depuis le rachat, dans le vignoble. Photo © Champagne Henriot, reproduite avec l’autorisation de la maison

À qui appartient Henriot aujourd’hui

Henriot n’est plus une maison familiale : c’est l’évolution la plus importante de son histoire récente.

Le changement s’est fait en deux temps, à un an d’intervalle.

  • Septembre 2022 : cession à Artémis Domaines

    Holding viticole de la famille Pinault · reprise des marques du groupe familial Henriot

    Le 30 septembre 2022, la famille Henriot cède l’ensemble de ses marques à Artémis Domaines : le champagne, mais aussi Bouchard Père & Fils en Bourgogne, William Fèvre à Chablis et Beaux Frères dans l’Oregon. Deux siècles de propriété familiale s’achèvent là.

  • Septembre 2023 : revente à Terroirs et Vignerons de Champagne

    Union de coopératives · propriétaire de Nicolas Feuillatte, Henri Abelé et Castelnau

    Un an plus tard, Artémis rachète Jacquesson et choisit de concentrer sa présence champenoise sur une seule marque. Henriot est revendue et l’opération est finalisée le 29 septembre 2023. La maison devient une filiale distincte, d’abord dirigée par Christophe Juarez, également à la tête de TEVC et de Nicolas Feuillatte. Depuis le 12 février 2024, la direction générale est assurée par Guillaume Deglise, passé par Bollinger et Laurent-Perrier en Champagne, Albert Bichot en Bourgogne et Domaines Barons de Rothschild à Bordeaux. Avec Henriot, l’ensemble devient le deuxième groupe champenois en valeur en France derrière Moët Hennessy.

Le programme Alliance Terroirs de la maison repose sur un réseau de vignerons apporteurs plus que sur la propriété du vignoble, un modèle cohérent avec un actionnaire qui est lui-même la plus grande union de coopératives de la Champagne. La continuité avec 1808 tient désormais au style et aux terroirs, et non plus à la propriété familiale.

Les 5 cuvées de la maison

Les données techniques proviennent des fiches publiées par Henriot, consultées en septembre 2026. Les descriptions aromatiques sont signées Alice Tétienne, cheffe de caves.

  • Brut Souverain 29 crus

    ≈ 50 % pinot noir, 45 % chardonnay, 5 % meunier · 30 à 50 % de vins de réserve · > 3 ans · dosage < 5 g/l

    C’est la cuvée de référence, et celle qui illustre le mieux la logique de la maison : 50 à 70 % de vins de l’année, complétés par 30 à 50 % de vins de réserve. Cette part de réserve, très élevée pour un brut sans année, est l’héritage direct de la collection constituée par Joseph Henriot dans les années 1970.

    Les mots de la maison : Alice Tétienne décrit « une palette aromatique riche et diversifiée », des « notes gourmandes et salivantes de biscuits aux agrumes frais » jusqu’à « l’exubérance du fumé en passant par la craie pure », et une bouche « grande, droite, ronde avec une fraîcheur qui l’emporte loin ».

  • Blanc Souverain 12 crus

    100 % chardonnay · > 3 ans · dosage < 5 g/l

    Le blanc de blancs de la maison doit son existence au mariage de 1880, qui a apporté les chardonnays de la Côte des Blancs.

  • Millésime 2015 2,5 g/l

    53 % pinot noir, 47 % chardonnay · 100 % premiers et grands crus · > 8 ans de cave

    Le vin passe plus de 8 ans en cave, soit plus du double des 36 mois qu’impose le cahier des charges de l’AOC à un millésimé, et reçoit un dosage de 2,5 grammes, qui ne masque rien. Sur un millésime solaire comme 2015, ce dosage bas est un parti pris cohérent.

    À lire aussi : notre sélection de champagnes millésimés et notre guide des millésimés à moins de 60 €.

  • Rosé assemblage

    Dominante pinot noir, complétée de chardonnay et de meunier · > 3 ans

    Ce rosé d’assemblage, obtenu par ajout de vin rouge, est entré officiellement dans la collection dans les années 1980.

  • Cuve 38 Réserve Perpétuelle 1990 à 2012

    100 % chardonnay · Avize, Chouilly, Le Mesnil-sur-Oger, Oger · dosage 5 g/l

    Cuvée la plus singulière de la maison, la Cuve 38 repose sur une réserve perpétuelle, une cuve que l’on ne vide jamais entièrement : chaque année, on en prélève une part et on la complète par la récolte nouvelle, si bien que les vins les plus anciens continuent d’imprégner l’ensemble. Joseph Henriot la lance en 1990 sur les 4 grands crus de la Côte des Blancs.

    La réserve n’a été mise en bouteille qu’à partir de 2007, 17 ans après sa création, ce qui explique la profondeur du vin et son prix.

    Les mots de la maison : Alice Tétienne évoque « la dentelle », la précision et l’élégance, les vins anciens qui patinent le profil aromatique et les récoltes récentes qui apportent « une impression de jeunesse éternelle ».

Alice Tétienne et le programme Alliance Terroirs

Arrivée en février 2020 comme cheffe de caves et directrice du vignoble, après un passage par Nicolas Feuillatte en 2014 et Krug en 2015, Alice Tétienne est depuis le rachat également directrice générale adjointe de la maison. Ce double rôle, technique et exécutif, est peu courant et montre la place qu’occupe la vigne dans l’organisation actuelle.

Elle pilote Alliance Terroirs, qui associe environ 76 vignerons dans 29 villages. Le programme s’appuie sur une pratique ancienne de la maison, les fosses pédologiques, ces tranchées ouvertes dans les parcelles pour lire le sol sur toute son épaisseur plutôt que d’en juger par la surface. Henriot en réalise depuis les années 1920, ce qui lui donne un historique de données rare en Champagne.

Depuis janvier 2025, le vignoble est certifié Haute Valeur Environnementale, Viticulture Durable en Champagne et agriculture biologique. La HVE et la VDC sont des référentiels de progrès, moins exigeants que l’agriculture biologique sur les intrants : c’est la certification bio qui porte l’engagement le plus fort.

FAQ : vos questions sur la maison Henriot

Qui a fondé la maison Henriot ?

C’est Apolline Henriot, née Apolline Godinot à Reims le 30 novembre 1775 et morte le 26 avril 1859. Elle épouse Nicolas-Simon Henriot en 1794, se retrouve veuve en 1805 et fonde en 1808 la maison sous le nom de Veuve Henriot, ce qui en fait la onzième maison de Champagne par ordre de création.

À qui appartient Champagne Henriot aujourd’hui ?

À Terroirs et Vignerons de Champagne, une union de coopératives, depuis le 29 septembre 2023. La maison a quitté le giron familial en deux temps : le 30 septembre 2022, la famille Henriot cède ses marques à Artémis Domaines, la holding viticole de la famille Pinault, qui revend Henriot un an plus tard après avoir acquis Jacquesson et choisi de se concentrer sur une seule marque champenoise. Henriot est désormais une filiale distincte du groupe : Guillaume Deglise en a pris la direction générale en février 2024, succédant à Christophe Juarez, alors à la tête de TEVC et de Nicolas Feuillatte. Depuis le 3 mars 2026, ce groupe est dirigé par Philippe Dessertenne.

Quelles sont les cuvées de la maison Henriot ?

La collection compte 5 cuvées. Le Brut Souverain assemble environ 50 % de pinot noir, 45 % de chardonnay et 5 % de meunier issus de 29 crus, avec 30 à 50 % de vins de réserve ; il est élevé plus de 3 ans et dosé sous 5 g/l. Le Blanc Souverain est un 100 % chardonnay issu de 12 crus. Le Millésime 2015, élevé plus de 8 ans et dosé à 2,5 g/l, associe 53 % de pinot noir et 47 % de chardonnay, tous issus de premiers et grands crus. Le Rosé est un rosé d’assemblage à dominante pinot noir. Enfin, la Cuve 38 Réserve Perpétuelle est un 100 % chardonnay des 4 grands crus de la Côte des Blancs. Ces données proviennent des fiches publiées par la maison.

Qu’est-ce que la Cuve 38 Réserve Perpétuelle ?

C’est une réserve perpétuelle de chardonnay, c’est-à-dire une cuve que l’on ne vide jamais complètement et à laquelle on ajoute chaque année une nouvelle récolte, si bien que le vin le plus ancien continue d’imprégner l’ensemble. Joseph Henriot la lance en 1990 avec les 4 grands crus de la Côte des Blancs, Avize, Chouilly, Le Mesnil-sur-Oger et Oger. La réserve n’a été mise en bouteille qu’à partir de 2007, 17 ans plus tard. La cuvée commercialisée intègre des récoltes de 1990 à 2012 et est dosée à 5 g/l.

Qui est Alice Tétienne, la cheffe de caves de Henriot ?

Alice Tétienne a rejoint Henriot en février 2020 comme cheffe de caves et directrice du vignoble, après être passée par Nicolas Feuillatte en 2014 et Krug en 2015. Depuis le rachat par Terroirs et Vignerons de Champagne, elle est également directrice générale adjointe de la maison. Elle pilote le programme Alliance Terroirs, qui associe environ 76 vignerons répartis dans 29 villages, et sous sa conduite le vignoble a obtenu en janvier 2025 les certifications Haute Valeur Environnementale, Viticulture Durable en Champagne et agriculture biologique.

Quels sont les terroirs historiques de Henriot ?

La maison s’appuie sur deux ensembles, réunis par un mariage. À l’origine, ce sont les pinots noirs de la Montagne de Reims, autour de Verzy, Verzenay et Mailly-Champagne, qui lui donnent son ossature. En 1880, Paul Henriot, arrière-petit-fils de la fondatrice, épouse Marie Marguet, issue d’une famille vigneronne de la Côte des Blancs : les chardonnays d’Avize, du Mesnil-sur-Oger et de Chouilly entrent alors dans le patrimoine. C’est cette double origine, pinot noir du nord et chardonnay du sud, qui explique la structure des assemblages de la maison.

Sources

Article rédigé par

Swann Bertaud

Chroniqueur vin et champagne du Journal du Vin, Swann Bertaud est spécialiste des champagnes et vins effervescents : cuvées goûtées en rédaction quand les bouteilles lui parviennent, sélections recoupées avec les palmarès publiés, notes toujours attribuées à leur source. Voir sa page auteur · LinkedIn.

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