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Cocktails au champagne : 12 recettes, et ce que les livres disent vraiment

Les recettes circulent tellement qu’elles ont fini par se déformer. Le Mimosa n’est pas né au Buck’s Club, le French 75 des origines ne contenait pas une bulle, et le Champagne Cocktail se dose à un centilitre de cognac, pas quatre. Voici les douze classiques, chacun ramené à sa source.

Framboise prise dans les bulles d’un cocktail au champagne, en gros plan
Une framboise dans un verre : le fruit sert de site de nucléation et les bulles s’y accrochent. C’est joli, et cela vide le verre de son gaz un peu plus vite. Photo Peter / Wikimedia Commons (CC BY-SA 2.0)
L’essentiel : la réponse en bref

N’ouvrez pas une grande bouteille. Dans un cocktail, le champagne apporte des bulles, de l’acidité et un peu de vinosité. Tout ce qui fait le prix d’une grande cuvée disparaît derrière le cassis ou le jus d’orange.

Trois recettes circulent de travers : le Mimosa n’est pas le Buck’s Fizz et n’est pas né à Londres en 1921 ; le French 75 d’origine contenait du gin, de la grenadine et de l’applejack, sans champagne ; le Champagne Cocktail se dose à 1 cl de cognac selon la recette officielle, quand on lit couramment quatre fois plus.

Un seul geste compte vraiment : le champagne se verse en dernier, lentement, dans un verre froid, et ne va jamais au shaker.

Le crémant fait le travail sur la plupart de ces recettes, et le Kir Royal se fait même traditionnellement au crémant de Bourgogne. Un crémant d’Alsace brut se trouve autour de 9 €.

Notre méthode, et ce que cette page n’est pas

Douze recettes, chacune ramenée à la source la plus ancienne ou la plus autorisée que nous ayons trouvée. Quand un cocktail figure au répertoire officiel de l’International Bartenders Association, ce sont ses dosages que nous donnons, parce que ce sont ceux que le lecteur retrouvera dans n’importe quel bar sérieux. Quand il n’y figure pas, nous citons la maison ou le barman à qui on l’attribue.

Ce que vous ne trouverez pas ici : un sondage de lecteurs que nous n’avons pas conduit, ni un classement des douze recettes par ordre de préférence. Nous ne les avons pas mises en concurrence, et un cocktail de brunch ne se compare pas à un cocktail de réveillon. Les prix des bouteilles conseillées sont en revanche relevés, datés et attribués à un distributeur nommé.

Une remarque sur les proportions. Les recettes de cocktails varient d’un ouvrage à l’autre, souvent de façon significative, et il n’existe pas de version canonique unique. Quand nous nous écartons d’un dosage très répandu, nous le disons et nous expliquons pourquoi.

Quel champagne pour un cocktail, et à quel prix

La réponse courte : le moins cher que vous aimeriez boire seul. La réponse longue mérite deux minutes.

Dans un cocktail, l’effervescent joue trois rôles. Il apporte du gaz, qui porte les arômes vers le nez et donne la sensation de fraîcheur. Il apporte de l’acidité, qui tient le sucre des liqueurs et des jus. Et il apporte un peu de vinosité, ce fond de vin qui empêche la boisson de tomber dans le soda. Rien de tout cela n’exige une grande cuvée : la complexité d’un long vieillissement sur lies, la finesse d’un grand cru, la patine d’un millésime, tout cela est recouvert par le cassis, le jus d’orange ou le gin.

Ce qu’il faut éviter, en revanche : les demi-secs et les doux, dosés entre 32 et 50 g/l et au-delà, dont le sucre s’ajoute à celui de la recette et rend le résultat écœurant. Un brut fait l’affaire partout. Sur les recettes déjà sucrées, un extra-brut apporte une tension utile.

Les cinq bouteilles que l’on voit systématiquement recommandées pour les cocktails valent la peine d’être regardées de près, parce que leurs prix réels ne sont pas ceux que l’on annonce.

Prix relevés le 9 septembre 2026 chez Plus-de-Bulles, bouteille de 75 cl
Bouteille Prix relevé Ce qu’il faut en penser
Drappier Carte d’Or35,00 €Brut dosé à 6,5 g/l, à dominante pinot noir. Rond et fruité, il tient bien les recettes aux fruits rouges.
Taittinger Cuvée Prestige43,10 €La cuvée sans année de la maison s’appelle Cuvée Prestige, et non « Brut Réserve » comme on le lit souvent.
Pol Roger Brut Réserve43,40 €Structuré et droit. Voir notre article sur la maison.
Gosset Grande Réserve44,80 €Vineux et tendu. Nous lui avons consacré une fiche complète.
Billecart-Salmon Blanc de Blancs76,20 €Superbe blanc de blancs, et le contre-exemple parfait : le mettre dans un Bellini revient à masquer 76 € sous de la purée de pêche.

Notre conseil, en une ligne : pour les recettes où l’effervescent est allongé de jus, de purée ou de liqueur, un crémant brut autour de 9 € donne un résultat que personne ne distinguera. Gardez le champagne pour les trois recettes où il domine réellement : le Champagne Cocktail, le Black Velvet et le French 75.

Les six classiques, avec leur acte de naissance

Six recettes dont l’origine est documentée, et dont quatre figurent au répertoire de l’International Bartenders Association.

1. Kir Royal

Dijon · sans matériel · flûte
  • 1 cl crème de cassis de Dijon
  • 10 cl crémant de Bourgogne ou champagne brut
  • 1 framboise, facultative

Méthode. Verser la crème de cassis au fond d’une flûte sortie du réfrigérateur, compléter avec l’effervescent à 8 ou 10 °C en le faisant couler sur le dos d’une cuillère, et ne pas mélanger. Le cassis, plus dense, reste en bas et remonte de lui-même.

Ce qu’il faut savoir. Le chanoine Félix Kir (1876-1968), maire de Dijon de 1945 à 1968, n’a pas inventé le blanc-cassis : Henri Barabant, premier maire socialiste de la ville, le servait déjà au début du XXe siècle. Kir en a fait la boisson d’accueil systématique de la mairie, puis a autorisé en 1951 la maison Lejay-Lagoute à utiliser son nom. Le mot entre au Petit Larousse en 1976. Et le kir royal bourguignon se prépare traditionnellement au crémant de Bourgogne, pas au champagne : la version champenoise est une montée en gamme, pas la recette d’origine.

2. French 75

Paris · shaker · flûte · recette IBA
  • 3 cl gin
  • 1,5 cl jus de citron jaune pressé
  • 1,5 cl sirop de sucre de canne
  • 6 cl champagne

Méthode. Frapper le gin, le citron et le sirop au shaker avec des glaçons, une dizaine de secondes. Filtrer dans une flûte refroidie, allonger de champagne, mélanger une seule fois très doucement.

Ce qu’il faut savoir. C’est le cocktail sur lequel on raconte le plus d’approximations, et il y en a deux à corriger. La première : la recette d’origine ne contenait pas de champagne. La plus ancienne version imprimée sous ce nom, publiée par le Washington Herald en 1915, associe un tiers de gin, un tiers de grenadine, un tiers d’applejack et un trait de citron. Robert Vermeire, en 1922, donne encore une version au calvados et au gin. La seconde : le bar parisien auquel on l’attribue ne s’appelait pas Harry’s New York Bar en 1915. C’était le New York Bar ; Harry MacElhone l’a repris le 8 février 1923, et l’établissement n’a pris son nom actuel qu’en 1933. Le Difford’s Guide attribue d’ailleurs la paternité probable du cocktail à Henry Tépé, du Henry’s Bar, rue Volney.

Le nom, lui, ne fait pas débat : il vient du canon de 75 mm, pièce d’artillerie française de la Première Guerre mondiale, réputée pour sa cadence de tir.

3. Mimosa

Ritz Paris, vers 1925 · sans matériel · flûte · recette IBA
  • 7,5 cl jus d’orange fraîchement pressé
  • 7,5 cl champagne brut
  • 1 zeste d’orange, facultatif

Méthode. Verser le jus dans une flûte froide, compléter à parts égales, mélanger d’un seul tour de cuillère. Le jus doit être pressé à la minute : un jus industriel donne une boisson plate et trop sucrée qu’aucun champagne ne rattrape.

Ce qu’il faut savoir. On lit constamment que le Mimosa est né au Buck’s Club de Londres en 1921. C’est l’acte de naissance d’un autre cocktail, le Buck’s Fizz, dont la recette n’est pas la même. Le Mimosa est attribué à Frank Meier, barman du Ritz Paris, vers 1925. Meier fait figurer les deux, distinctement, dans The Artistry of Mixing Drinks en 1936. L’International Bartenders Association les traite aujourd’hui comme une seule fiche, ce qui entretient la confusion.

4. Buck’s Fizz

Buck’s Club, Londres, 1921 · sans matériel · flûte
  • 10 cl champagne brut
  • 5 cl jus d’orange fraîchement pressé

Méthode. Identique au Mimosa, mais dans une proportion de deux tiers d’effervescent pour un tiers de jus.

Ce qu’il faut savoir. Créé en 1921 au Buck’s Club de Londres par le barman Pat McGarry. La différence avec le Mimosa n’est pas anecdotique : à deux tiers de champagne, la boisson est nettement plus alcoolisée et se boit comme un apéritif, quand le Mimosa à parts égales est un cocktail de brunch. Si vous servez ce que la plupart des recettes appellent « Mimosa » avec deux tiers de champagne, vous servez en réalité un Buck’s Fizz.

5. Bellini

Harry’s Bar, Venise, 1948 · sans matériel · verre droit
  • 5 cl purée de pêche blanche
  • 10 cl prosecco, ou champagne brut

Méthode. Verser la purée de pêche dans un verre froid, compléter très lentement à raison de deux parts d’effervescent pour une part de purée, mélanger deux ou trois tours au maximum.

Ce qu’il faut savoir. Deux précisions que les recettes françaises omettent. La première : le Bellini de Giuseppe Cipriani, servi pour la première fois à l’été 1948 au Harry’s Bar de Venise, se fait au prosecco, pas au champagne. La version champenoise est une adaptation, pas la recette. La seconde : chez Cipriani, il se sert dans un verre droit, un petit tumbler, et non dans une flûte. Le nom vient de la couleur rosée du mélange, qui rappelait à Cipriani une toile du peintre vénitien Giovanni Bellini.

6. Champagne Cocktail

Imprimé en 1862 · sans matériel · flûte · recette IBA
  • 1 morceau de sucre
  • 2 traits Angostura bitters
  • 1 cl cognac
  • 9 cl champagne brut

Méthode. Imbiber le sucre d’Angostura, le déposer au fond d’une flûte, verser le cognac, compléter doucement avec le champagne. Ne pas mélanger : le sucre se dissout lentement et entretient un filet de bulles pendant toute la dégustation. Garnir d’un zeste d’orange et d’une cerise au marasquin.

Ce qu’il faut savoir. C’est ici que l’écart entre les recettes qui circulent et la recette officielle est le plus grand. On lit couramment 4 cl de cognac ; l’International Bartenders Association en prévoit 1 cl, soit quatre fois moins. À 4 cl dans un verre qui en contient une douzaine, ce n’est plus un cocktail au champagne, c’est un cognac allongé. Et la première recette documentée, publiée par Jerry Thomas en 1862 dans son Bartenders Guide, ne contient pas de cognac du tout : sucre, bitters, champagne, zeste. Le cognac est une addition ultérieure.

Deux Bellini servis en verres droits au Harry’s Bar de Venise
Deux Bellini au Harry’s Bar de Venise, là où Giuseppe Cipriani l’a créé en 1948 : verres droits, prosecco, et pas une flûte en vue. Photo crazybobbles / Wikimedia Commons (CC BY 2.0)

Six autres recettes qui valent le détour

7. Black Velvet

Brooks’s Club, Londres, décembre 1861 · sans matériel · verre à bière
  • 15 cl stout irlandaise
  • 15 cl champagne brut

Méthode. Verser la stout, laisser la mousse se former, puis faire couler le champagne sur le dos d’une cuillère pour obtenir deux couches distinctes. Ne pas mélanger.

Ce qu’il faut savoir. Le cocktail serait né le 15 décembre 1861 au Brooks’s Club de Londres, le lendemain de la mort du prince Albert, l’époux de la reine Victoria : l’idée était que le champagne lui-même devait porter le deuil. Un détail technique explique pourquoi la superposition fonctionnait bien mieux à l’époque qu’aujourd’hui : le champagne du XIXe siècle était dosé entre 50 et 100 grammes de sucre par litre, donc nettement plus dense que la stout, sur laquelle il ne flottait pas mais se glissait dessous. Avec un brut moderne à moins de 12 grammes, l’écart de densité s’est réduit et les couches se mélangent plus vite. Nous avons détaillé cette histoire des dosages dans notre guide des extra-bruts.

8. Russian Spring Punch

Dick Bradsell, Londres, années 1980 · shaker · verre à glaçons
  • 2,5 cl vodka
  • 1,5 cl jus de citron jaune
  • 1,5 cl crème de cassis
  • 1 cl sirop de sucre
  • 5 cl champagne ou crémant

Méthode. Frapper au shaker tous les ingrédients sauf l’effervescent, filtrer dans un verre rempli de glaçons, allonger d’effervescent.

Ce qu’il faut savoir. L’histoire est meilleure que la recette. Dick Bradsell, le barman londonien à qui l’on doit aussi l’Espresso Martini et le Bramble, l’a composé au Zanzibar Club de Covent Garden au début des années 1980. Deux amis voulaient donner une soirée cocktails sans en avoir les moyens : il leur a suggéré de demander à chaque invité d’apporter sa bouteille, et de préparer à l’avance des verres de vodka, citron, sucre et cassis à allonger au fur et à mesure. Bradsell le présentait lui-même comme une variante du Kir Royal, ce qui referme joliment la boucle avec la première recette de cette page.

9. Sgroppino

Vénétie · sans matériel · coupe glacée
  • 1 boule de sorbet citron
  • 2 cl vodka
  • 8 cl prosecco ou champagne brut

Méthode. Placer la coupe au congélateur un quart d’heure. Déposer le sorbet, verser la vodka, compléter avec l’effervescent très froid et servir immédiatement, avant que le sorbet ne fonde.

Ce qu’il faut savoir. Le Sgroppino est une tradition vénitienne servie comme trou normand ou en fin de repas. Le mot vient du vénitien sgropìn, du verbe sgroppare, dénouer un nœud, et plus précisément celui que l’on a sur l’estomac après un repas trop copieux : c’est un digestif glacé autant qu’un cocktail, et la première mention documentée remonte à 1528. La version classique se fait au prosecco. Comme le sorbet apporte déjà beaucoup de sucre et de froid, c’est l’une des rares recettes où un champagne extra-brut fait une vraie différence.

10. Mojito Royal

Variante moderne · pilon · verre haut
  • 4 cl rhum blanc
  • 1/2 citron vert en quartiers
  • 8 à 10 feuilles de menthe
  • 2 c. à c. sucre de canne roux
  • 10 cl champagne ou crémant

Méthode. Écraser les quartiers de citron vert avec le sucre au fond du verre, ajouter la menthe et la presser légèrement, sans la déchirer. Verser le rhum, remplir de glace pilée, compléter avec l’effervescent en dernier.

Ce qu’il faut savoir. Ce n’est pas un classique historique mais une variante contemporaine du mojito, dans laquelle l’effervescent remplace l’eau gazeuse. Deux erreurs fréquentes : déchirer la menthe, qui libère des amers herbacés désagréables, et verser le champagne avant la glace pilée, ce qui fait mousser le verre en un instant. C’est la recette de cette page où l’usage d’un crémant se justifie le mieux : entre le rhum, la menthe et le citron vert, personne ne reconnaîtra une grande maison.

11. Soupe champenoise

Tradition française · saladier · pour 6 à 8
  • 75 cl champagne ou crémant brut
  • 10 cl Cointreau
  • 10 cl jus de citron vert pressé
  • 8 cl sirop de sucre de canne

Méthode. Mélanger le Cointreau, le jus de citron et le sirop dans un grand récipient, ajouter beaucoup de glaçons, verser l’effervescent en dernier en le faisant couler sur la paroi, mélanger une seule fois.

Ce qu’il faut savoir. C’est la formule la plus économe en champagne de toute cette page : une bouteille pour six à huit verres, contre six flûtes pour une bouteille servie pure. C’est aussi la seule qui se prépare en avance, à condition de garder l’effervescent pour le dernier moment. Le nom de « soupe » ne renvoie pas à un potage mais à l’ancien sens de récipient collectif dans lequel on puise : c’est un punch, servi à la louche.

12. Spritz au champagne

Variante du spritz vénitien · sans matériel · verre ballon
  • 6 cl Aperol
  • 9 cl champagne ou crémant brut
  • 3 cl eau gazeuse
  • 1 tranche d’orange

Méthode. Remplir un verre ballon de glaçons, verser l’Aperol, puis l’effervescent, puis l’eau gazeuse. Mélanger une fois et garnir.

Ce qu’il faut savoir. Le spritz vénitien se fait au prosecco, dans une proportion classique de trois parts d’effervescent, deux d’Aperol et un trait d’eau gazeuse. Remplacer le prosecco par du champagne apporte de la longueur, mais le prix par verre grimpe vite : c’est précisément le genre de recette où un crémant remplit le même office. À noter que l’Aperol reste le partenaire le plus doux ; avec un Campari, nettement plus amer, il faut un effervescent un peu plus dosé.

Une recette que nous n’avons pas retenue. Le « Siberian Champagne », vodka, cassis, marasquin et basilic, figure dans plusieurs sélections françaises. Nous ne l’avons trouvé que sur des blogs de maisons de champagne et sur des listes qui se recopient les unes les autres, sans origine identifiable ni présence dans les répertoires de bar. Ce n’est pas une raison de ne pas le boire, c’en est une de ne pas le présenter comme un classique.

Les trois gestes qui changent tout

  1. Refroidir le verre. C’est le geste que l’on saute le plus souvent et celui qui se voit le plus. Une paroi tiède fait retomber la mousse en quelques secondes. Un quart d’heure au congélateur, ou le verre rempli de glace et d’eau pendant qu’on prépare le reste, puis vidé.
  2. Verser l’effervescent en dernier, et lentement. Sur le dos d’une cuillère, ou en inclinant le verre, jamais en plein centre. Et une seule rotation de cuillère à la fin, si la recette l’exige. Chaque tour supplémentaire coûte des bulles.
  3. Ne jamais mettre l’effervescent au shaker. L’agitation chasse le gaz en quelques secondes, et la pression peut faire sauter le shaker. Tous les ingrédients se frappent sans lui ; il arrive après.

La température, enfin. Entre 8 et 10 °C. Plus froid, les arômes se referment et il ne reste que le picotement du gaz. Plus chaud, la mousse s’échappe trop vite. Trois heures au réfrigérateur, ou vingt minutes dans un seau rempli pour moitié de glace et pour moitié d’eau, ce qui refroidit bien plus vite que la glace seule. Jamais le congélateur.

Les verres : la flûte pour tout ce qui se sert sans glace, un verre à pied plus large quand les arômes comptent davantage que la tenue de mousse, un verre à glaçons pour le Spritz et le Mojito Royal, un verre droit pour le Bellini, comme à Venise.

Quelle recette pour quelle occasion

Un brunch
Mimosa à parts égales, qui reste léger sur la durée, et Sgroppino entre deux plats. Si vos convives boivent lentement, le Buck’s Fizz sera trop alcoolisé pour un dimanche matin.
Un apéritif sans préparation
Kir Royal, deux ingrédients et aucun matériel, ou Spritz si vous avez des glaçons. Le crémant y suffit largement.
Un dîner, un réveillon
French 75 pour ouvrir, Champagne Cocktail si vous voulez que le verre soit un spectacle. Ce sont les deux recettes où la qualité de l’effervescent s’entend vraiment.
Une réception, un vin d’honneur
Soupe champenoise, une bouteille pour six à huit verres, préparée à l’avance sauf l’effervescent. C’est aussi la seule formule de cette page qui tienne à trente personnes sans un barman derrière le comptoir.
Une soirée d’hiver, un plateau de fromages
Black Velvet. L’association stout et effervescent surprend, et elle tient devant des pâtes persillées là où un champagne seul serait écrasé.

Champagne ou crémant : la vraie réponse

La question est légitime, et l’écart de prix la rend décisive : un crémant d’Alsace brut se trouve autour de 9 €, quand les bouteilles couramment conseillées pour les cocktails vont de 35 à 76 €. Pour un apéritif de dix personnes, la différence se compte en dizaines d’euros.

Là où le crémant fait parfaitement l’affaire : toutes les recettes où l’effervescent est allongé de jus, de purée, de liqueur ou de sirop, c’est-à-dire neuf des douze de cette page. Kir Royal, Mimosa, Buck’s Fizz, Bellini, Spritz, Mojito Royal, Soupe champenoise, Russian Spring Punch, Sgroppino. Sur le Kir Royal, mieux encore : le crémant de Bourgogne est la version d’origine, et le champagne l’exception.

Là où la différence s’entend : les trois recettes où l’effervescent occupe la majeure partie du verre et n’est corrigé que par une petite quantité d’autre chose. Le Champagne Cocktail (9 cl d’effervescent pour 1 cl de cognac), le Black Velvet (moitié-moitié avec une stout, qui demande de la vinosité en face) et le French 75, où l’acidité et la longueur du vin tiennent le gin.

Un dernier point, rarement dit : pour un cocktail, un crémant jeune et franc rend souvent un meilleur service qu’un champagne d’entrée de gamme fatigué, resté six mois debout sous une lumière de supermarché. La fraîcheur du support compte plus que son appellation.

FAQ : vos questions sur les cocktails au champagne

Quel champagne choisir pour un cocktail ?

Un brut sans année, et le moins cher qui vous plaise à boire seul. Dans un cocktail, le champagne apporte trois choses : de l’effervescence, de l’acidité et un peu de vinosité. Tout ce qui fait le prix d’une grande cuvée, la complexité d’un vieillissement long ou la finesse d’un grand cru, disparaît derrière le cassis, le jus d’orange ou le gin. Évitez en revanche les demi-secs et les doux, dont le sucre s’ajoute à celui de la recette. Et si le budget compte, le crémant fait le travail sur les recettes simples.

Le Mimosa et le Buck’s Fizz sont-ils le même cocktail ?

Non, et la confusion est partout. Le Buck’s Fizz est né au Buck’s Club de Londres en 1921, créé par le barman Pat McGarry, dans une proportion de deux tiers d’effervescent pour un tiers de jus d’orange. Le Mimosa est postérieur : Frank Meier, barman du Ritz Paris, le compose vers 1925 à parts égales, ce qui en fait une boisson nettement moins alcoolisée. Meier fait d’ailleurs figurer les deux, séparément, dans son livre de 1936. L’International Bartenders Association les traite aujourd’hui comme un seul cocktail, ce qui entretient le malentendu.

Le French 75 a-t-il toujours contenu du champagne ?

Non. La première recette imprimée sous ce nom, publiée par le Washington Herald en 1915, associe un tiers de gin, un tiers de grenadine, un tiers d’applejack et un trait de citron : pas une bulle. Robert Vermeire, en 1922, donne encore une version au calvados et au gin. La formule que l’on connaît, gin, citron, sucre et champagne, est une évolution postérieure. Autre précision utile : le bar parisien auquel on attribue le cocktail ne s’appelait pas encore Harry’s New York Bar en 1915, il a pris ce nom en 1933, et Harry MacElhone ne l’a repris qu’en février 1923.

Peut-on remplacer le champagne par du crémant ?

Oui, et pour le Kir Royal c’est même la version traditionnelle : le kir royal bourguignon se fait au crémant de Bourgogne, pas au champagne. Sur toutes les recettes où l’effervescent est allongé de jus, de purée ou de liqueur, un crémant brut d’Alsace, de Bourgogne ou de Loire donne un résultat que personne ne distinguera, pour deux à trois fois moins cher. La différence se sent davantage sur les recettes où l’effervescent domine : Champagne Cocktail, Black Velvet, French 75.

Comment conserver les bulles dans un cocktail ?

Trois gestes suffisent. Refroidir le verre, parce que la mousse retombe plus vite au contact d’une paroi tiède. Verser l’effervescent en dernier, lentement, en inclinant le verre ou en faisant couler sur le dos d’une cuillère. Et ne jamais mettre l’effervescent au shaker : l’agitation chasse le gaz en quelques secondes. Le champagne se sert entre 8 et 10 °C ; plus froid, les arômes se ferment, plus chaud, la mousse s’échappe.

Quel verre utiliser ?

La flûte pour tout ce qui se sert sans glace : Kir Royal, Mimosa, Champagne Cocktail, French 75 dans sa version IBA. Un verre à pied plus large pour les recettes où les arômes comptent davantage que la tenue de mousse. Un verre à glaçons pour le Spritz et le Mojito Royal. Et un verre droit pour le Bellini, comme au Harry’s Bar de Venise où il est né : la flûte n’y a jamais été d’usage.

Combien de champagne prévoir par personne ?

Une bouteille de 75 cl remplit six flûtes de 12 cl. Pour des cocktails où le champagne n’occupe que la moitié du verre, comptez plutôt huit à dix services par bouteille. Sur un apéritif d’une heure et demie, une bouteille pour trois personnes reste la règle prudente. La soupe champenoise est de loin la formule la plus économe : une seule bouteille sert six à huit verres.

Quel est le cocktail au champagne le plus simple ?

Le Kir Royal : un centilitre de crème de cassis au fond d’une flûte, on complète, on ne mélange pas. Le Mimosa demande le même effort, à condition de presser les oranges : avec un jus industriel, le résultat est plat et trop sucré, et aucun champagne ne rattrapera cela. Ces deux recettes ne demandent ni shaker, ni doseur, ni sirop.

Sources

Article rédigé par

Camille Rousseau

Journaliste et consultante en vins et spiritueux du Journal du Vin, Camille Rousseau signe les guides d’achat et les sélections de la rédaction : prix relevés chez les producteurs, distinctions recoupées avec les palmarès publiés, notes toujours attribuées à leur source. Voir sa page auteur · LinkedIn.

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