Investir dans le vin en 2026 : rendement réel, frais et fiscalité
Le vin peut-il être un placement ? Ce que mesurent les études et les indices Liv-ex, ce que coûtent les enchères, comment le fisc traite une plus-value, et le calcul d’une caisse de Château Margaux 2019 achetée en 2020 et revendue aujourd’hui.
Le marché : le Liv-ex 100 a perdu 2,5 % en 2025 et ne gagnait que 2,1 % depuis janvier à la fin de septembre 2026, encore environ 23 % sous son sommet de 2022.
Les frais : sur iDealwine, l’acheteur paie 25,8 % de frais et le vendeur 15,6 % de commission. Une caisse de Château Margaux 2019, dont le prix en cave a pris de 35 à 72 % depuis 2020, laisse entre −12 % et +13 % au particulier qui la revend aux enchères.
La fiscalité : le vin est un bien meuble ordinaire. Une vente de 5 000 € ou moins est exonérée ; au-delà, la plus-value est taxée à 36,2 %, avec un abattement de 5 % par année pleine au-delà de la deuxième.
Notre méthode
Ce guide s’appuie sur des données publiées et vérifiées le 8 octobre 2026, sans pronostic maison sur l’évolution des prix.
- Le marché
- Les indices de Liv-ex, la place de marché londonienne des professionnels du vin, et le baromètre 2026 d’iDealwine, qui recense les enchères de 2025.
- Les frais
- Les conditions générales et les barèmes publiés par iDealwine, Christie’s, Sotheby’s, Artcurial et Cavissima.
- La fiscalité et le droit
- Le Code général des impôts, la doctrine de l’administration (Bofip), les décisions de justice sur la revente de vin et la réglementation de l’Autorité des marchés financiers (AMF).
- Les prix
- Relevés le 8 octobre 2026 chez des vendeurs nommés. Cet article informe sur le fonctionnement du marché ; il ne remplace pas le conseil personnalisé d’un professionnel du patrimoine.
Le vin est-il un placement rentable ?
La référence académique est l’étude d’Elroy Dimson, Peter Rousseau et Christophe Spaenjers, publiée en 2015 dans le Journal of Financial Economics. Sur les cinq premiers grands crus de Bordeaux, de 1900 à 2012, ils mesurent un rendement de 4,1 % par an au-dessus de l’inflation, après frais de stockage et d’assurance, et de 5,3 % avant ces frais. Sur la même période, les actions ont rapporté 5,2 % par an au-dessus de l’inflation, les timbres 2,8 % et l’art 2,4 %.
Ce chiffre a deux limites. Il porte sur les vins les plus prestigieux du monde, pas sur une cave d’amateur. Et il est calculé avant les frais d’achat et de revente : les auteurs notent qu’à Londres, fin 2012, un vendeur ne touchait chez Christie’s qu’environ 75 % du prix payé par l’acheteur.
La dernière décennie a été moins généreuse. Selon Liv-ex, son indice le plus large, le Fine Wine 1000, est revenu en 2026, inflation déduite, à son niveau de 2015. À la fin de septembre 2026, le Liv-ex 100 perdait 10,5 % sur cinq ans et le Bordeaux 500, 20,4 %.
La cote n’est pas un prix de vente
Le mot cote recouvre des réalités différentes. Chez iDealwine, c’est la moyenne des adjudications de l’année, frais acheteur compris. Le prix affiché par un caviste est un prix de détail, en général plus élevé. C’est ce que paie un acheteur, pas ce que touche un particulier qui revend.
Le marché en 2026 : la baisse s’arrête
Le marché des grands vins sort d’une correction ouverte à l’automne 2022. L’année 2025 a encore été négative : le Liv-ex 100, l’indice de référence, qui suit cent des vins les plus recherchés sur le marché secondaire, a perdu 2,5 %, le Bordeaux 500, 6,7 %. Le premier semestre 2026 a marqué un arrêt de la baisse, et l’été une légère reprise, menée par la Champagne et l’Italie.
| Indice | 2025 | 1er semestre 2026 | Depuis janvier, fin septembre 2026 | Sur 5 ans, fin septembre 2026 |
|---|---|---|---|---|
| Liv-ex 100 | −2,5 % | +0,1 % | +2,1 % | −10,5 % |
| Liv-ex 1000 | −4,5 % | +0,4 % | +1,3 % | −10,8 % |
| Bordeaux 500 | −6,7 % | stable | −0,2 % | −20,4 % |
| Burgundy 150 | −4,8 % | +1,1 % | +1,7 % | −3 % |
| Champagne 50 | −4,2 % | +0,7 % | +4,1 % | +5,1 % |
| Rhône 100 | +0,2 % | n. c. | +0,5 % | −19,8 % |
| Italy 100 | −1,7 % | +1,9 % | +3,5 % | +3 % |
La reprise reste modeste au regard de la chute. Le Burgundy 150 a perdu 34 % entre son sommet de septembre 2022 et août 2025, selon Liv-ex. À 326 points fin septembre 2026, le Liv-ex 100 restait environ 23 % sous son plus haut de 2022, d’après nos calculs à partir des clôtures publiées par Liv-ex.
Les enchères de 2025 selon iDealwine
Le baromètre d’iDealwine raconte la même histoire. En 2025, ses ventes aux enchères ont atteint 42,4 millions d’euros, commission acheteur comprise, et 33,9 millions au marteau : une année record en valeur, avec des volumes en hausse de 19 %. Le prix moyen d’une bouteille a pourtant reculé de 8 %, à 137 €.
Bordeaux fournit 34 % des bouteilles vendues, plus de 105 000, pour un prix moyen quasi stable, en baisse de 3 %. La Bourgogne, avec 27 % des volumes, concentre 41,3 % de la valeur, mais son prix moyen a chuté de 15 %, à environ 212 €. La Champagne progresse : la valeur adjugée y gagne 21 % et le prix moyen 16 %, à 201 €. Selon iDealwine, les acheteurs qui vivent hors de France représentent 43 % de ses clients et plus de 60 % du chiffre d’affaires de ses enchères.
L’arrachage ne concerne pas les grands crus
L’offre de vin courant, elle, se contracte. Selon la préfecture de région, 18 000 hectares de vignes avaient été arrachés en Gironde entre 2023 et juin 2025, dont plus de 12 000 avec une prime. Le dispositif sanitaire girondin versait 6 000 € par hectare ; dans sa première vague, 1 238 dossiers ont porté sur 6 062 hectares, dont 3 422 reboisés ou rendus à la nature, avec l’obligation de le rester vingt ans au moins. Ces arrachages touchent surtout les vins d’entrée de gamme : la production des grands crus, limitée par la surface de leurs vignobles, n’en dépend pas.
Un cas concret : une caisse de Château Margaux 2019
Le Château Margaux 2019 est un cas favorable : un grand millésime, sorti en pleine crise du Covid à 330 € la bouteille ex-négoce, 19 % sous le prix de sortie du 2018, selon Liv-ex. Le 11 août 2020, Millesima vendait la caisse de six bouteilles 2 700 € hors taxes, soit 3 240 € avec la TVA de 20 %, payée à la livraison.
Le 8 octobre 2026, la bouteille vaut 730 € chez Vinatis et 927 € chez Millesima. En prix de cave, la caisse a donc pris de 35 à 72 % en six ans. Un particulier qui revend ne touche pas ces prix : il passe le plus souvent par les enchères, où l’acheteur ajoute ses frais au prix d’adjudication.
Sur iDealwine, l’acheteur paie 25,8 % de frais en plus de l’adjudication. Pour qu’il ne paie pas plus cher qu’en cave, l’adjudication doit rester sous 580 €, l’équivalent du prix de Vinatis, ou sous 737 €, celui de Millesima. Le vendeur laisse ensuite 15,6 % de commission. Nous avons compté quatre ans de garde depuis la livraison, au tarif de Cavissima : 18 € par caisse et par an, assurance comprise.
| Poste | Vendu 580 € | Vendu 737 € |
|---|---|---|
| Prix d’achat de la caisse de 6, TVA comprise (Millesima, août 2020) | 3 240 € | 3 240 € |
| Adjudication par bouteille | 580 € | 737 € |
| Produit de la vente des 6 bouteilles | 3 480 € | 4 422 € |
| Commission vendeur d’iDealwine (15,6 %) | −543 € | −690 € |
| Garde chez Cavissima, 4 ans depuis la livraison, assurance comprise | −72 € | −72 € |
| Impôt sur la plus-value (vente inférieure à 5 000 €) | 0 € | 0 € |
| Résultat | −375 € | +420 € |
| Évolution en six ans | −11,6 % | +13,0 % |
L’impôt est nul dans les deux cas, car la vente rapporte moins de 5 000 €, seuil sous lequel une cession est exonérée. Dans le meilleur scénario, le gain de 13 % reste inférieur à l’inflation, environ 18 % de juin 2020 à juin 2026 selon l’Insee. Le vendeur rentre dans ses frais à une adjudication de 654 € ; pour battre l’inflation, il lui faudrait 769 €, un prix qui ferait payer à l’acheteur 967 € la bouteille, plus cher que chez les deux cavistes.
Sur la même période, le Livret A a rapporté environ 11 % et les fonds en euros environ 14 %, d’après nos calculs à partir des taux publiés, celui de 2026 étant estimé. La leçon tient à la mécanique : sur une caisse isolée, l’écart entre le prix de cave et le prix d’adjudication, puis la commission de vente, absorbent l’essentiel de la hausse.
Quels vins se revendent
Seule une petite partie de la production mondiale a un marché de revente. Les vins qui s’y échangent cumulent une faible production, une demande internationale et une longue aptitude au vieillissement.
Bordeaux, le marché le plus profond
Bordeaux reste la région la plus échangée en volume. Son cœur, ce sont les premiers grands crus classés en 1855, Château Lafite Rothschild, Château Latour, Château Margaux et Château Haut-Brion, rejoints par Château Mouton Rothschild en 1973 ; sur la rive droite, Château Cheval Blanc et Château Ausone, qui ont renoncé en 2021 au classement de Saint-Émilion, et Petrus, à Pomerol. C’est aussi la région qui a le plus baissé : le Bordeaux 500 perd 20,4 % en cinq ans. Notre guide des grands crus classés de Bordeaux et celui des millésimes de Bordeaux détaillent les vins et les années.
La Bourgogne, la rareté et la volatilité
La Bourgogne pèse 41,3 % de la valeur des enchères d’iDealwine, avec des volumes minuscules. Le Domaine de la Romanée-Conti est le domaine le plus valorisé aux enchères d’iDealwine en 2025, et la bouteille la plus chère de l’année y est un Musigny 2006 du Domaine Leroy, adjugé 25 416 €. Les grands crus d’Armand Rousseau ou du Comte Georges de Vogüé jouent dans la même catégorie. C’est aussi le marché le plus volatil : le Burgundy 150 a perdu un tiers de sa valeur entre 2022 et 2025.
La Champagne, seule région en hausse sur cinq ans
Parmi les indices régionaux de Liv-ex, le Champagne 50 affiche la meilleure performance sur cinq ans, +5,1 %, et il mène la reprise de 2026, à +4,1 % depuis janvier. Les cuvées de prestige comme Krug Clos du Mesnil, Louis Roederer Cristal, Dom Pérignon ou Salon se boivent, ce qui réduit le stock disponible avec le temps.
Le Rhône, un marché plus étroit
Le Rhône est la troisième région des enchères d’iDealwine, avec 11 % des volumes. Le Rhône 100 de Liv-ex perd toutefois 19,8 % en cinq ans. Les références les plus recherchées restent les côte-rôtie d’E. Guigal, La Mouline, La Landonne et La Turque, l’Ermitage Le Pavillon de M. Chapoutier et le Château Rayas, à Châteauneuf-du-Pape.
Quatre façons d’investir dans le vin
Acheter des bouteilles chez un caviste ou un négociant
C’est la voie la plus simple. Un vin de garde s’achète de préférence par caisse complète, dans sa caisse en bois d’origine, que les anglophones appellent OWC (original wooden case) : les acheteurs aux enchères y voient un gage de bonne conservation. La difficulté vient à la revente, car on achète au prix de détail et l’on revend au prix d’adjudication.
Acheter en primeur
Le vin est payé à la commande, au printemps qui suit les vendanges, et livré environ deux ans plus tard, trois pour les liquoreux de Sauternes et de Barsac, selon les conditions d’iDealwine. Les primeurs promettaient autrefois une décote sur le futur prix de marché. Depuis la campagne 2021, de nombreux vins s’échangent pourtant sous leur prix de sortie, et Liv-ex constate plusieurs années de baisse après la mise en marché. Les prix de sortie bougent aussi d’un millésime à l’autre : le Château Margaux 2020 est sorti 30 % plus cher que le 2019. L’histoire du Château Pontet-Canet 2019, sorti en baisse d’un tiers, montre l’effet d’un prix d’entrée bien placé.
Acheter et revendre aux enchères
Les ventes aux enchères, en ligne ou en salle, sont le canal le plus liquide pour un particulier qui veut revendre. Elles ont un coût. Pour le vin, l’acheteur paie environ 25 % hors taxes de frais chez Christie’s et chez Sotheby’s, 24 % hors taxes chez Artcurial et 21,5 % hors taxes, soit 25,8 % TTC, sur iDealwine depuis le 27 mars 2026. Le vendeur paie à iDealwine une commission de 15,6 % TTC.
Entre un achat et une revente sur iDealwine, l’adjudication doit donc progresser de 49 % pour que l’opération soit blanche, avant même le coût de la garde. Il faut aussi savoir juger une provenance, un niveau de remplissage et l’état d’une étiquette.
Acheter des parts de groupement foncier viticole
Acheter des parts de groupement foncier viticole (GFV), c’est détenir des vignes louées à un exploitant, pas des bouteilles. Chez Terra Hominis, une part coûte de 1 300 à 2 500 € selon le projet, et le loyer est versé chaque année en bouteilles, à hauteur de 4,5 % de l’apport, valorisées au prix du domaine. Dans le GFV de Château Fombrauge, en 2019, une part de 2 500 € comprenait 244 € de commission. Les parts sont peu liquides et proposées en placement privé : leur note d’information n’est pas visée par l’AMF, et un GFV ne peut pas faire d’offre au public.
Leur intérêt est surtout fiscal. Si les vignes sont louées par bail à long terme, les parts sont exonérées d’impôt sur la fortune immobilière à 75 % jusqu’à 101 897 € et à 50 % au-delà, et de droits de donation ou de succession à 75 % jusqu’à 600 000 € par bénéficiaire depuis février 2025, puis à 50 %, à condition d’avoir détenu les parts deux ans et que le bénéficiaire les garde cinq ans.
| Voie | Ce que vous achetez | Frais à connaître | Liquidité | Risque principal |
|---|---|---|---|---|
| Acheter des bouteilles chez un caviste ou un négociant | Des bouteilles livrées | La marge du vendeur, puis la garde | Moyenne : revente aux enchères ou à un négociant | Acheter au prix de détail, revendre au prix de gros |
| Acheter en primeur | Un vin payé à la commande, livré environ deux ans plus tard | La TVA à la livraison, puis la garde | Faible jusqu’à la livraison | Un prix de sortie supérieur au futur prix de marché |
| Acheter aux enchères | Des bouteilles déjà en circulation | De 21,5 à 25 % hors taxes de frais acheteur | La meilleure des quatre pour revendre | La provenance, l’état des bouteilles, la contrefaçon |
| Acheter des parts de groupement foncier viticole | Du foncier viticole loué à un exploitant | Des frais d’entrée, près de 10 % dans un exemple de 2019 | Très faible | La dépendance au gestionnaire, une sortie incertaine |
Fiscalité : ce qu’il faut déclarer
Pour le fisc, une bouteille revendue par un particulier est un bien meuble ordinaire. Elle relève du régime des plus-values sur biens meubles, l’article 150 UA du Code général des impôts, que le Bofip illustre d’ailleurs par l’exemple du vin. La taxe forfaitaire de 6,5 % est réservée aux bijoux, aux objets d’art, de collection ou d’antiquité : le vin n’en fait pas partie.
- Le seuil
- Une cession dont le prix ne dépasse pas 5 000 € est exonérée. Le seuil porte sur le prix de vente, pas sur le gain, et s’apprécie cession par cession.
- Le taux
- Au-delà, la plus-value est taxée à 19 % d’impôt sur le revenu et 17,2 % de prélèvements sociaux, soit 36,2 % en 2026 : la hausse de CSG votée pour 2026 ne s’applique pas aux plus-values sur biens meubles.
- L’abattement
- La plus-value est réduite de 5 % par année pleine de détention au-delà de la deuxième ; elle est totalement exonérée pour un bien détenu depuis plus de 22 ans. L’abattement vaut aussi pour les prélèvements sociaux.
- Les frais
- La commission de vente se déduit du prix de cession, et les frais d’achat s’ajoutent au prix d’acquisition, sur justificatifs et pour leur montant réel. Les frais de garde et d’assurance ne se déduisent pas.
- La déclaration
- Le vendeur dépose le formulaire 2048-M dans le mois qui suit la vente et paie l’impôt au dépôt. Rien à déclarer si la cession est exonérée ou s’il n’y a pas de plus-value.
Prenons une vente de 8 000 € qui dégage 1 000 € de plus-value après déduction des frais, pour des bouteilles détenues six ans pleins. L’abattement est de 20 %, la plus-value imposable de 800 €, et l’impôt de 290 € environ. Conservez chaque facture d’achat et chaque bordereau d’adjudication : sans prix d’acquisition prouvé, la plus-value se calcule sur une base défavorable.
Le jugement des 786 bouteilles de Petrus
Le 6 février 2025, le tribunal administratif de Bordeaux a jugé un cas d’école (n° 2301088). En 2021, un particulier avait vendu en une fois à un négociant 786 bouteilles de Petrus de neuf millésimes, pour 2,23 millions d’euros. L’administration y voyait une seule cession. Le tribunal a estimé que, les prix variant selon les millésimes, le seuil de 5 000 € devait s’apprécier bouteille par bouteille ; aucune ne le dépassant, l’État a dû restituer 504 883 € et verser 1 500 € de frais de justice. C’est un jugement de première instance, fondé sur des faits précis : nous n’avons pas trouvé trace d’un appel, et un lot homogène pourrait être traité autrement.
Le risque d’être traité en marchand
Acheter pour revendre de façon répétée fait basculer dans le négoce : les gains deviennent des bénéfices industriels et commerciaux, la TVA s’applique, et une majoration de 80 % frappe l’activité non déclarée. Le 17 octobre 2024, la cour administrative d’appel de Paris l’a jugé pour un amateur qui avait revendu à un négociant 60 bouteilles de Petrus achetées en primeur (n° 23PA00612).
Le statut juridique du vin et le rôle de l’AMF
Le vin est un bien meuble corporel, ni une valeur mobilière ni un produit financier. Les bouteilles ne se logent donc ni dans un PEA, ni dans une assurance-vie, ni sur un compte-titres ; ces enveloppes ne donnent accès au vin qu’indirectement, par les actions cotées de groupes de vins et spiritueux.
Le droit change de dimension quand un opérateur ne vend plus des bouteilles mais des droits sur des bouteilles, en mettant en avant un rendement. L’offre relève alors du régime des biens divers, défini par l’article L. 551-1 du code monétaire et financier. Depuis la loi Sapin 2 de décembre 2016, l’opérateur doit déposer un document d’information auprès de l’AMF, qui lui attribue un numéro d’enregistrement avant toute publicité. Selon l’AMF, ce numéro « ne constitue pas un label de qualité ni une garantie de bonne fin de l’opération ».
L’AMF publie la liste des offres enregistrées et une liste noire des sites non autorisés. Sa catégorie consacrée au vin comptait 93 acteurs au 8 octobre 2026 ; le dernier inscrit, vinvestissement.com, l’a été le 6 mai 2026. Cette liste n’est pas exhaustive : l’absence d’un nom ne prouve pas qu’il est autorisé. Avant de signer, posez trois questions : qui détient juridiquement le vin, qui paie la garde, et comment la sortie est organisée.
Six erreurs qui coûtent cher
Prendre le prix du caviste pour la valeur de sa cave
Le prix d’un caviste est un prix de détail. Un particulier revend au prix d’adjudication, diminué de la commission du vendeur : pour le Margaux 2019, l’adjudication qui correspond au prix de cave lui est inférieure d’environ 20 %, avant même la commission.
Oublier l’aller-retour des frais
Acheter puis revendre aux enchères coûte 49 % de l’adjudication de départ sur iDealwine, frais acheteur et commission vendeur compris. Une hausse de prix plus faible se traduit par une perte.
Payer une garde dimensionnée pour une grande cave
La formule d’entrée de la cave de stockage d’iDealwine coûte 30,05 € TTC par mois jusqu’à 180 bouteilles, soit 2 € par bouteille et par an si elle est pleine, mais 60 € pour une seule caisse de six. Cavissima facture 18 € TTC par caisse et par an, assurance comprise. Les frais fixes pèsent d’autant plus que la cave est petite.
Revendre trop tôt, ou trop souvent
L’abattement fiscal ne commence qu’après deux années pleines, et le marché peut mettre plusieurs années à retrouver un sommet : le Liv-ex 100 n’a toujours pas retrouvé celui de 2022. À l’inverse, des achats et des reventes répétés exposent à une requalification en activité commerciale.
Négliger la provenance et l’état
Aux enchères, le niveau de remplissage, l’état de l’étiquette et la caisse d’origine comptent dans le prix. Une cave mal tenue fait perdre de la valeur ; notre guide pour conserver son vin à la maison détaille les bonnes conditions.
Croire à un rendement promis
Aucune bouteille ne garantit un rendement. Une offre qui en promet un relève du régime des biens divers et doit être enregistrée par l’AMF ; vérifiez-le sur son site avant de payer.
Où acheter et où stocker
Les primeurs se réservent chez les négociants, comme Millesima, ou chez les cavistes en ligne. Le marché secondaire passe par les maisons de ventes, en salle ou en ligne : iDealwine, Christie’s, Sotheby’s, Artcurial. Liv-ex est réservé aux professionnels.
Pour la garde, une cave personnelle bien tenue reste la solution la moins chère : les Vins de Bordeaux conseillent une température stable entre 10 et 14 °C et une humidité de 70 à 80 %, à l’abri de la lumière et des vibrations. Notre guide pour débuter une cave à vin compare les équipements.
Les caves professionnelles apportent la traçabilité et l’assurance. Cavissima facture 18 € TTC par caisse et par an, assurance comprise, soit 1,50 € par bouteille pour une caisse de douze. La cave d’iDealwine, en Champagne, coûte 30,05 € TTC par mois jusqu’à 180 bouteilles ; l’assurance n’y est incluse que pour les bouteilles de moins de 50 €, et la commission de vente est réduite de 20 % pour les vins qui y sont stockés.
Notre avis
Sur un siècle, les plus grands crus de Bordeaux ont battu l’inflation. Sur les dix dernières années, le marché dans son ensemble ne l’a pas fait, et pour un particulier, les frais de transaction pèsent plus que le choix des vins. Trois conditions comptent : un horizon long, qui laisse jouer l’abattement fiscal et les cycles du marché ; un volume qui dilue les frais de garde ; et un moyen de revendre au meilleur coût.
Le cas du Margaux 2019 résume la difficulté : un grand vin dont le prix en cave a progressé de 35 à 72 % en six ans laisse au mieux 13 % à un particulier qui le revend aux enchères. N’achetez que des vins que vous accepteriez de boire.
FAQ : investir dans le vin
Investir dans le vin est-il rentable ?
Sur longue période, pour les plus grands crus, oui : de 1900 à 2012, les premiers grands crus de Bordeaux ont rapporté 4,1 % par an au-dessus de l’inflation après stockage et assurance, mais avant frais d’achat et de revente (Dimson, Rousseau et Spaenjers, 2015). La dernière décennie a été plate : selon Liv-ex, son indice large est revenu en 2026, inflation déduite, à son niveau de 2015, et le Liv-ex 100 a perdu 2,5 % en 2025.
Comment sont imposées les plus-values sur le vin ?
Le vin relève du régime des plus-values sur biens meubles (article 150 UA du CGI), pas de la taxe forfaitaire sur les objets d’art. Une cession de 5 000 € ou moins est exonérée. Au-delà, la plus-value est taxée à 36,2 % en 2026, 19 % d’impôt et 17,2 % de prélèvements sociaux, après un abattement de 5 % par année pleine de détention au-delà de la deuxième, et totalement exonérée au-delà de 22 ans. Elle se déclare sur le formulaire 2048-M dans le mois qui suit la vente.
Combien coûte la revente de vin aux enchères ?
Sur iDealwine, le vendeur paie une commission de 15,6 % TTC et l’acheteur 25,8 % TTC de frais en plus de l’adjudication. Chez Christie’s et Sotheby’s, les frais acheteur atteignent environ 25 % hors taxes pour le vin. Entre un achat et une revente sur iDealwine, l’adjudication doit progresser d’environ 49 % pour que l’opération soit blanche.
Quels vins choisir pour investir ?
Ceux qui ont un marché de revente : premiers grands crus de Bordeaux, grands crus de Bourgogne, cuvées de prestige de Champagne et grands noms du Rhône. En 2025, aux enchères d’iDealwine, Bordeaux a fourni 34 % des bouteilles et la Bourgogne 41,3 % de la valeur. Sur cinq ans à fin septembre 2026, le Champagne 50 de Liv-ex gagne 5,1 % quand le Bordeaux 500 perd 20,4 %.
Faut-il acheter en primeur pour investir ?
Le primeur se paie à la commande et se livre environ deux ans plus tard. La décote sur le futur prix de marché n’est plus acquise : depuis la campagne 2021, de nombreux vins s’échangent sous leur prix de sortie, selon Liv-ex. Le Château Margaux 2019, sorti en baisse de 19 %, est un contre-exemple favorable.
Où stocker un vin d’investissement ?
Dans une cave stable entre 10 et 14 °C, à 70 à 80 % d’humidité, à l’abri de la lumière et des vibrations, ou dans une cave professionnelle : Cavissima facture 18 € TTC par caisse et par an, assurance comprise, et la cave d’iDealwine 30,05 € TTC par mois jusqu’à 180 bouteilles.
L’investissement dans le vin est-il contrôlé par l’AMF ?
Les bouteilles, non : ce sont des biens meubles. Une offre qui vend des droits sur des bouteilles en mettant en avant un rendement relève du régime des biens divers et doit faire enregistrer son document d’information par l’AMF avant toute publicité. Ce numéro n’est ni un label de qualité ni une garantie. L’AMF tient une liste noire des sites non autorisés, dont 93 dans sa catégorie vin au 8 octobre 2026.
Peut-on mettre du vin dans une assurance-vie ou un PEA ?
Non. Les bouteilles ne peuvent être logées ni dans un PEA, ni dans une assurance-vie, ni sur un compte-titres. Ces enveloppes n’exposent au vin qu’indirectement, par les actions cotées de groupes de vins et spiritueux.
Sources
- Liv-ex : indices Fine Wine 100, 1000, Bordeaux 500, Burgundy 150, Champagne 50 (fin septembre 2026)
- WineNews : bilan Liv-ex de l’année 2025 (7 janvier 2026)
- Vinetur : Liv-ex au premier semestre 2026 (6 juillet 2026)
- WineNews : Liv-ex sur les neuf premiers mois de 2026 (6 octobre 2026)
- Vinetur : rapport Liv-ex sur la Bourgogne (26 février 2026)
- Liv-ex : l’état du marché des grands vins (2026)
- Vinetur : Liv-ex et la campagne des primeurs 2025 (21 avril 2026)
- iDealwine : baromètre 2026 des enchères de 2025 (23 avril 2026)
- iDealwine : les acheteurs de ses enchères (janvier 2026)
- iDealwine : conditions générales, frais acheteur et commission vendeur
- iDealwine : tarifs de la cave de stockage 2026
- Cavissima : tarifs de stockage
- Christie’s : frais acheteur
- Artcurial : vente de vins fins et spiritueux (juin 2026)
- Dimson, Rousseau et Spaenjers, « The Price of Wine », Journal of Financial Economics (2015)
- Cambridge Judge Business School : présentation de l’étude « The Price of Wine »
- The Drinks Business : sortie en primeur du Château Margaux 2019 (juin 2020)
- Millesima : Château Margaux 2019, page archivée le 11 août 2020
- Millesima : Château Margaux 2019 (prix du 8 octobre 2026)
- Vinatis : Château Margaux 2019 (prix du 8 octobre 2026)
- Préfecture de région : Conseil de bassin viticole Bordeaux-Aquitaine (7 juin 2025)
- Préfecture de la Gironde : bilan du dispositif d’arrachage (avril 2025)
- Légifrance : article 150 UA du Code général des impôts
- Bofip : plus-values sur biens meubles (BOI-RPPM-PVBMC-10)
- Service-public.fr : formulaire 2048-M de déclaration des plus-values sur biens meubles
- Légifrance : loi de financement de la sécurité sociale pour 2026, article 12 (CSG)
- Tribunal administratif de Bordeaux, 6 février 2025, n° 2301088
- Cour administrative d’appel de Paris, 17 octobre 2024, n° 23PA00612
- Légifrance : articles L. 551-1 et suivants du code monétaire et financier
- AMF : les principales mesures de la loi Sapin 2
- AMF : mise en garde sur les offres en biens divers (23 décembre 2025)
- AMF Protect Épargne : liste noire des offres de placement en vin
- Terra Hominis : parts de groupements fonciers viticoles
- Bofip : transmission des parts de groupements fonciers agricoles et viticoles
- Insee : indice des prix à la consommation, juin 2026
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